vendredi 28 mars 2025

POUR BOUALEM SANSAL

Boualem Sansal, écrivain franco algérien, a comparu le 20 mars dernier devant le Tribunal correctionnel de El Dar Beida à Alger. Le procès fut expéditif. Il a duré moins d’une demie heure, et le procureur a requis une peine de 10 ans de prison ainsi qu’une amende de 1 million de dinars. L’écrivain était accusé d’atteinte à l’unité nationale, d’outrage à Corps constitués, et d’atteinte à l’économie nationale. 

L’authentique origine du conflit résidait dans une question de géopolitique, l’appartenance d’une partie du Sahara algérien au Maroc.

Son avocat français a vu son visa refusé. Il était soupçonné d’être juif !

Boualem Sansal décida de se défendre tout seul. Le même avocat dénonça un procès fantôme, tenu dans le plus grand secret, sans défense, le caractère arbitraire de cette procédure. Il saisit les organisations compétentes du Haut-Commissariat aux Nations Unies et déposa plainte contre l’Algérie.

Boualem Sansal avait été arrêté le 16 novembre à son arrivée à Alger, entendu par le Parquet anti-terroriste d’Alger, placé sous mandat de dépôt pour atteinte à la sureté de l’Etat.


J’ai rencontré par le plus grand des hasards Boualem Sansal, au Salon du Livre de Paris, l’été dernier. Nous avons sympathisé. Il m’a donné ses coordonnées et nous avons prévu de nous revoir après son retour d’Algérie, à l’automne. Il devait y partir incessamment.

Ce qui m’a attiré vers lui, c’est son visage où se lisaient la douceur et la grâce.

Je l’ai perdu de vue. Je ne lui ai pas écrit comme il était prévu et c’est son arrestation qui m’a ramené vers lui.


L’Algérie, je ne la connais qu’à travers deux hommes, un saint et un héros. Le premier, c’est le Père de Foucault, officier de cavalerie, explorateur au Maroc, grand mystique mort à Tamanrasset en Algérie dans le Hoggar, un saint qui aimait très profondément l’Algérie, et lui a fait le sacrifice de sa vie. 

Le second, c’est Albert Camus. Je l’ai lu très jeune, à vingt ans, il a marqué ma vie au fer rouge.

C’est une amie de l’université, Ania, qui m’en a parlé pour la première fois. « Noces », « L’étranger », « Caligula », « La peste », tous ses livres m’ont conquis.

Ania n’était pas sans doute pour rien dans cet amour.

Camus, je me suis mis à l’aimer d’une même passion.

Au-delà de son engagement pour l’art, pour la beauté, il y avait aussi la Justice. Camus se battait pour elle. A un moment où l’Algérie était encore une colonie, il dénonçait la misère de la Kabylie et préconisait des réformes. Il travaillait dans le journalisme, à Alger et dès alors, proposait des changements qui allaient dans le sens d’une plus grande autonomie.

C’était le temps des massacres de Sétif. Les populations algériennes, ayant servi dans les rangs de l’armée française durant la dernière guerre, demandaient à ce titre un nouveau statut, une plus grande dignité.

A Sétif, en 1954, en ce qui concerne ces exigences, on leur répondit par un massacre. On ne sait toujours pas combien il y eut de victimes, 8 000, 10 000, sans doute davantage.

En tout cas, c’est à ce moment-là que fut créé le FLN et que débutèrent les premiers attentats.

Camus était un Juste. Immédiatement, il préconisa des réformes et un statut spécifique pour l’Algérie qui reconnaitrait à ses habitants à la fois une plus grande dignité et des droits politiques nouveaux.

Malgré quelques exceptions, il se heurta toujours à l’intransigeance des colons.

« Un bon colon est un colon mort ! ». Cette phrase de Sartre situe le débat tel qu’il fut posé dès lors. Les extrémistes de tous bords, colons, indépendantistes, entrèrent dans l’engrenage de la violence.

Au milieu de ce remue-ménage Camus, tout en continuant à dénoncer, garda son calme. Il avait de tout temps refusé la violence.

C’est de ce moment, sans doute, que date la phrase fameuse qui répond à celle de Sartre « Entre ma mère et la justice, je choisis ma mère ».

Il répondait par la même à l’autre phrase de Simone de Beauvoir « Camus refuse de faire le pas dans l’Histoire », à propos de « L’homme révolté », sans doute le plus grand livre d’Albert Camus. Il démystifiait précisément ce qu’on appelle l’Histoire, c’est-à-dire les crimes staliniens, ceux de la bien-pensance.

C’est à ce moment-là que l’on peut dire que Camus les eut tous sur le dos. Il était l’homme à abattre puisqu’il choisissait la paix contre le terrorisme.

Il avait vu dès alors dans quelle direction les nouveaux maîtres entrainaient l’Algérie, vers une autocratie dans la ligne directe du marxisme.

Quand de Gaulle arriva au pouvoir en 1958, c’était fini. La guerre avait été gagnée par la France mais le FLN était incontournable, c’est-à-dire la dictature.

Les accords d’Evian consacrèrent la fin de l’Algérie française et le départ de millions de français d’Algérie sans oublier l’horrible massacre des Harkis que la France a très lâchement abandonnés.

C’est à ce moment que l’intelligencia française, à part quelques exceptions comme Camus ou Aron, s’est déshonorée.

Sartre en est l’exemple le plus vil.


C’est aussi à ce moment que sur la route de Lourmarin, village de Provence, désormais lieu de pèlerinage, Camus trouva la mort aux côtés de Michel Gallimard.

Lourmarin je l’ai connu plus tard et j’ai découvert un lieu magique, cher au cœur d’Albert Camus qui dort là sous les romarins.


Quand on voit ce que les algériens ont fait de leur pays, c’est d’abord un sentiment de honte qui vous prend, de trahison face aux idéaux pour lesquels un homme comme Camus s’est battu.

En ce qui concerne ceux qui aujourd’hui prétendent que nous avons commis des crimes contre l’humanité, il conviendrait de leur rappeler que lorsque l’Emir Abdelkader est parti en exil après sa défaite, il emmenait une « smala » composée avant tout d’esclaves. 

Telle était la conception de la nouvelle Algérie.

Il ne semble pas qu’elle ait évolué.


Et certes l’Algérie a été colonisée, et beaucoup d’injustices ont été commises de la part des colons, mais l’œuvre des français en Algérie a été grandiose et c’est d’abord le christianisme que la France lui a apporté, une religion de l’amour et une certaine conception de la liberté, face à l’islam totalitaire.

Quelle est cette liberté pour laquelle le FLN prétend s’être battu ?

Chaque révolte en Algérie depuis le départ des colons a été noyée dans le sang, toute tentative de progrès social.


Il n’est pas impossible qu’étant donné les nombreux contentieux qui se déploient entre l’Algérie et le France, en particulier son refus de reprendre les condamnés algériens sur le sol français, le pouvoir algérien souhaite réduire les tensions et qu’une condamnation plus légère soit requise contre Boualem Sansal et peut-être même une grâce.

Une grâce pour une infraction qui n’existe pas, ce serait dans une certaine mesure quelque chose de plus scandaleux qu’un gouvernement français, digne de ce nom ne pourrait tolérer.

Il est à craindre que ce dernier ne sombre dans l’abjection, comme il l’a fait, quand il a dénoncé la colonisation française comme un crime contre l’humanité.


Le 28 mars 2025, Boualem Sansal vient d’être condamné à cinq années de prison.



Edouard VALDMAN

lundi 24 mars 2025

LE RETOUR DU TRAGIQUE

C’est à la suite de deux guerres mondiales que les Etats-Unis ont réussi à s’implanter en Europe.

La grande crise de 1929 a sonné l’heure de son effondrement. Hitler a été le plus pur produit de celle-ci. 

Ultérieurement, les Etats-Unis sont devenus la première puissance impériale du monde.

Ils semblent avoir avec l’Europe une relation privilégiée. Celle-ci, il est vrai, est à leur origine. Cela n’enlève rien à leur manière d’agir. Encore récemment on a vu comment le Président Joe Biden a volé aux français l’affaire australienne. Il ne se s’est même pas excusé.

En fait, les Etats-Unis regardent le monde comme un supermarché avec l’ambition d’y faire les affaires les plus rentables.

La France et l’Allemagne gardent une autonomie de façade mais on y parle anglais, on y mange américain et on est friand des films d’Hollywood.

Les artistes français contemporains ont une valeur moitié moindre que les artistes américains à part peut-être Picasso, Nicolas de Staël et Matisse, qui se sont imposés en Amérique avant la deuxième guerre mondiale.


En ce qui concerne la Russie, les Etats-Unis après l’effondrement du marxisme, croyaient la partie définitivement close. Ils l’ont traitée avec beaucoup de désinvolture et même un certain mépris.

On baignait dans la mondialisation, une prophétie pervertie dans laquelle se dissolvaient les différentes identités, tout cela sous couvert de progrès et de démocratie. Le monde avait triomphé du mal. Fukuyama criait victoire.

Tout à coup Poutine surgit comme un authentique cataclysme.

Après avoir subi de nombreuses humiliations, il ne souhaite pas que son pays devienne une colonie américaine. Or, sous le vocable de la liberté, l’Ukraine et autre partie de l’empire traditionnel russe ont fait joujou avec lui, en flirtant avec les Etats-Unis.

La Russie immémoriale, peut-elle se permettre de perdre l’Ukraine, et autres peuples slaves ?

Envisage-t-elle de disparaitre et d’installer à Kiev, son ancienne capitale spirituelle, un Mc Donald, ou autre emblème du marché américain ?

Tel est le problème qui se pose aujourd’hui.


Les Etats-Unis et l’Europe se meuvent dans un contexte, judéo chrétien. Au-delà de leur violence, ils se situent encore dans un monde gouverné par Dieu « In Good we trust ». Même si la guerre triomphe, elle le fait au nom des « Droits de l’Homme ».

Avec Poutine, c’est le retour de la toute-puissance de ce dernier, de l’au-delà du bien et du mal.

La Russie fait ressurgir le Tragique au sens grec du terme, c’est-à-dire l’Homme Dieu, la volonté de puissance, le culte du héros.

C’est Nietzsche contre la Bible. 


Cependant l’Europe a fait erreur en s’engageant trop rapidement dans une confrontation avec la Russie. Il convenait quelle fut un intermédiaire, un lieu d’échanges et de solutions à ce conflit.

Il eut fallu qu’elle jouat son rôle d’ordre civilisationnel. 

D’Athènes au christianisme, l’Europe est un espace métaphysique. C’est cette dimension qui peut lui permettre de s’élever au-dessus des nations qui la composent et de devenir un lieu de conciliation. C’est celle-ci qui peut l’autoriser à tenir la guerre à distance et de maintenir entre les Russes et les Ukrainiens, une passerelle d’un ordre autre.

C’est cette défaillance, qui aujourd’hui engage la Communauté européenne dans une très dangereuse confrontation. 


Les sociétés, nations et civilisations vivent et meurent à l’intérieur d’une Histoire qui repose elle-même sur des structures stables.

La Grande Bretagne par exemple, n’a pas eu le même destin que la France, qui n’a pas connu celui de l’Espagne, qui n’a pas connu le même que la Suède. Ainsi des Etats-Unis eux-mêmes issus de l’émigration des colons européens huguenots. Bien que séparés de la mère patrie, ils sont demeurés des anglo-saxons « In Good we trust ».

Les russes appartiennent à un autre ordre. Ce sont des slaves. Leur Histoire est autre. Elle est constituée avant tout par la lutte contre les tartares et les mongols.

On voit bien aujourd’hui qu’au-delà de la Révolution marxiste ils sont demeurés très attachés à une certaine forme d’autorité.

Les chinois à leur tour qui ont vécu durant 2000 ans dans l’Empire du Milieu, subissent une idéologie marxiste. Ils demeurent impénétrables. Bien que faisant partie du Conseil de sécurité des Nations Unies, ils sont étrangers à l’idéologie occidentale.


Dans un livre publié en 2017 « Le IIIème Temple », j’ai tenté de montrer que l’équilibre en Occident devait être trouvé dans l’union de trois puissances, le bloc américain d’abord, le bloc européen ensuite, le bloc russe enfin.

Ce dernier bloc est d’autant plus important que la Chine tente de le séduire et de l’attirer hors de l’Occident. Or ce bloc est partie de notre Histoire. Le Général de Gaulle disait, « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ! ».

Nous avons baigné dans la culture russe. Nous avons été imprégnés par sa littérature, que ce soit Tolstoï, Tourgueniev, Dostoïevski, les Ballets Russes et Diaghilev ou le musée de l’Hermitage. 


Après l’effondrement de l’URSS, Poutine a cherché à reconstruire la Russie. On ne l’a pas aidé. Pourtant, décision notoire, il a réintroduit l’Eglise orthodoxe dans le monde russe, église qui avait été chassée par les soviets.

Ce changement était spectaculaire. Il était un signe. Poutine a été contraint de se tourner vers la Chine.

Les bonnes âmes longtemps favorables à l’Union Soviétique voyaient bien que cela ne marchait pas mais personne ne s’attendait à ce qu’elle s’effondre aussi rapidement. Ce fut vraiment le dégel, comme un monde qui soudain s’écroulait, une montagne qui s’affaissait. L’univers du matérialisme historique avait duré cinquante ans, moins que ne l’avaient espéré les tenants de l’orthodoxie marxiste, que ce soient Althusser, Sartre ou Aragon, tous ceux qui imaginaient la pensée marxiste incontournable, en fait la majorité des intellectuels français. 

Et voilà qu’un homme reconstruit l’Empire. On espérait qu’il demeurerait dans les ruines. C’était l’intérêt de l’Occident et des Américains en particulier. Poutine rebâtit la Russie. Bien plus, il y intègre le religieux, l’orthodoxie, à la grande surprise des Occidentaux et surtout à la face des tenants de la laïcité. Quoi qu’il en soit, l’Occident engage immédiatement les hostilités au lieu de se concilier Poutine, européen, chef d’une communauté, qui fut notre alliée lors de la dernière guerre mondiale. On l’isole et on l’oblige à se tourner vers la Chine ou d’autres pays du Tiers Monde. Manœuvre diplomatique erronée et absurde des États-Unis et de la France.


Dans la cathédrale Notre Dame récemment à Paris des Femen, se sont livrées à la violation de l’espace sacré. Il n’y eut aucune poursuite. Au contraire elles se sont retrouvées en effigie sur les nouveaux timbres : elles figurent désormais Marianne.

Vladimir Poutine a été confronté récemment au même problème. Les Pussy riots ont violé l’espace sacré d’une église russe. Elles ont fini en prison et ont été condamnées. En Tchétchénie, Poutine s’est montré inflexible. Il a fait la guerre au terrorisme. Ce pays risquait de faire sécession profitant de la faiblesse de la Russie renaissante. Les bonnes âmes se sont émues et comme nécessairement il a été traité d’assassin par des intellectuels français, anciens membres de la Gauche prolétarienne. 


Poutine tente de refonder la Russie sur ses valeurs immémoriales. Les jeux olympiques de Sotchi ont été pour lui une exceptionnelle opportunité, lui permettant de faire connaitre au monde sa volonté de rebâtir son pays. Le spectacle qu’il a donné, particulièrement somptueux, à l’occasion de ces jeux, a accru son influence dans le monde, et attiré en même temps l’envie. Il a par-là même annoncé le retour de la Russie sur l’échiquier mondial, en exposant à côté du sport les valeurs russes, la danse, la musique, la grande littérature.

Le fait de dévoiler au monde le visage de Soljenitsyne aux côtés de celui de Dostoïevski et de Tolstoï a été un très grand moment de télévision mondiale, et surtout un signe très important de la volonté de bâtir désormais une Russie plus tolérante.

Le succès russe aux jeux de Sotchi en ont été un autre.

Mais à qui ferait-on croire que Kiev, la capitale religieuse de la Russie bien avant Moscou, puisse devenir une ville européenne ? Que l’Amérique, à cette occasion, évoque la démocratie, cela fait rire le monde qu’elle met par ailleurs sur écoute. Quand elle entre en Irak et détruit cette nation malgré les réticences de l’ONU, sans doute est-ce aussi cela la démocratie ! Il est à espérer que l’Ukraine se choisisse un gouvernement de son choix. Comme tous les peuples elle a le droit à la liberté mais l’Europe aurait tort de se joindre aux apprentis sorciers.

L’Amérique est en train de se dissoudre dans une globalisation qu’elle prétendait dominer jusqu’à ce jour. Elle tend à abolir les frontières entre les Nations, au profit des multinationales dont elle risque d’être prochainement la victime.

La Russie peut-être demain notre rempart contre une Chine trop puissante. En tout état de cause elle est un élément fondamental de l’équilibre mondial.


Les États-Unis se pensent toujours comme les dirigeants d’un monde unilatéral révolu. L’Europe laisse apparaître ses divisions. L’Allemagne et la Grande-Bretagne font bande à part.

En Ukraine, les partis sont eux-mêmes divisés entre les pro-européens et les pro-russes. Querelle stérile ! La solution : que l’Ukraine choisisse librement son destin, sans intervention aucune. Kiev demeure la capitale spirituelle de la Russie.

Les points essentiels de cette affaire : les équivoques de l’Europe en mal de formation, les provocations absurdes de l’Amérique, la volonté de Vladimir Poutine de reconstruire la Russie éternelle dont la puissance est indispensable à l’équilibre mondial.

La vérité incontournable est que l’Europe a besoin de la Russie. La solution : que l’Ukraine choisisse librement son destin, sans intervention aucune. On ne peut douter qu’elle vote pour une certaine autonomie dans le cadre d’une union privilégiée avec la Russie. Son intérêt n’est en aucun cas dans une partition. Kiev demeure la capitale spirituelle de la Russie.


La démocratie est incontestablement aujourd’hui en péril, et la société en décadence. Ce n’est plus le peuple qui vote et qui choisit ses représentants, ce sont les propriétaires des médias qui manipulent l’opinion.

Face à ces puissances considérables, que représente désormais la liberté ? Elle est un vain mot, comme le Livre. Ce dernier était référence au Livre sacré, notre ultime recours contre le Mal. Il suggérait un espace absolu.

Comment par ailleurs reconstruire une civilisation s’ il n’y a plus de valeur suprême ? L’intelligence est devenue artificielle. C’est le règne de la masse.

Le monde est désormais numérique. L’homme communique dans l’éphémère. Il n’y a plus d’authentique intériorité ni de questionnement.


Plus avant, les évènements actuels posent un problème essentiellement religieux. 

Le Retour d’Israël pouvait laisser présager au moins pour ceux qui ont une lien spirituel avec la Loi et avec le Père, un monde davantage pacifié.

Il n’en est rien.

Le problème qui est posé à travers ce conflit, c’est celui du mal dans le monde.

Ce n’est pas la politique qui peut le résoudre. Elle ne peut même pas l’aborder. Il appartient à une autre dimension de la conscience humaine. Le conflit en Ukraine renvoie directement au problème de la transcendance et à la relation que l’on peut entretenir avec elle.

Nous sommes confrontés à un nouvel échec de l’Homme.

Il est intéressant de constater que toutes les sociétés qui avaient l’ambition de révolutionner le monde à travers le matérialisme historique n’ont fait que l’entraîner vers davantage d’horreur.

On est irrémédiablement ramené à une des plus belles pages de Dostoïevski dans « Karamazov », lorsque le père et les fils se rendent au monastère et s’accusent les uns les autres “Mettez-vous à genoux !”. Telle est l’injonction du moine.

Il faut que l’Ukraine, sans renoncer à son indépendance et à sa liberté, trouve sa place à l’intérieur d’un grand ensemble slave.

Je n’irais pas jusqu’à dire, comme Mme Soljenitsyne, que l’Ukraine appartient à la Russie, mais qu’elle possède avec elle un passé commun et que leur avenir doit se rencontrer.

Seule l’Ukraine peut faire la paix avec la Russie. Seule la Russie peut faire la paix avec l’Ukraine.

Cette paix les concerne seuls. Personne ne doit s’en mêler.


La Russie est surtout nécessaire à l’Occident face à la Chine. Elle a toujours été un rempart contre les invasions mongoles.


Cependant, que ce soient les Tsars ou les communistes, en Russie, depuis l’origine, tout est basé sur le totalitarisme. Il n’y a pas de références civilisationnelles.

Celles-ci sont uniquement européennes et bien davantage, françaises. C’est Catherine II et Voltaire, Pierre le Grand et sa fascination pour Versailles.

En fait, le destin de la Russie est de réintégrer la civilisation occidentale dont elle est partie au-delà des malentendus civilisationnels.

De leur côté, les Etats-Unis et l’Europe doivent insister sur la part prophétique à l’intérieur de leur culture au-delà de celle purement pragmatique en relation avec l’idéologie protestante. 


Du tragique au prophétique


Pour que la Civilisation puisse perdurer, il faut qu’il existe à l’intérieur de celle-ci un équilibre entre la dimension tragique et la dimension prophétique.

La dimension tragique, c’est aussi le sens de la mort, celui de l’héroïsme, celle de la Grèce et de la beauté, c’est la dimension Nietzschéenne, celle de l’Homme Dieu.

C’est cette dernière qui faisait défaut en Allemagne au moment de l’avènement d’Hitler.

L’intellectualisme était poussé à son comble dans la République de Weimar avec Freud, Zweig, Thomas Man.

Le judaïsme occupait tout le terrain. L’équilibre entre le Tragique et le Prophétique avait été perdu.

Le retour du Tragique s’est effectué à travers l’horreur. Cependant elle a mené à la résurrection d’Israël. 


Nous sommes actuellement dans une société protestante. Cette dernière doit s’allier aux juifs pour rétablir une dimension prophétique, au sens le plus élevé du terme.

Le monde anglo-saxon doit se ressourcer à ses origines bibliques. La dimension prophétique s’est changée en marché. C’est le triomphe de l’utilitarisme.

Face à Poutine, le monde occidental doit reprendre son vrai visage. Athènes, Rome, Jérusalem : la Beauté, le Droit et le Royaume.

Aujourd’hui il faut rétablir la dimension prophétique au sens le plus spirituel du terme.

La civilisation occidentale est basée sur cette perspective biblique, la poursuite du Royaume. La religion orthodoxe comme la religion catholique sont davantage nationalistes et proches des rites. 

C’est la prédominance des icônes.

La religion juive s’intéresse d’abord à la poursuite du Royaume de Dieu.



LE RETOUR DU TRAGIQUE (SUITE ET FIN)


Le vrai problème réside en ceci : le monde russe possède son histoire propre, le monde américain également.

L’un appartient à la tradition orthodoxe et l’autre à l’ordre de la prophétie au sens judaïque du terme.

Les USA sont des démocrates. La Russie est un monde autoritaire.

Dans quelle mesure Donald Trump pourra-t-il s’entendre avec Poutine étant donné que leur langage est autre ? L’un appartient au marchandage, au « bargain », l’autre à la dimension tragique de l’Histoire.

Il n’est pas certain d’ailleurs, que Poutine apprécie son alliance avec la Chine, ni celle avec l’Iran. Ce ne sont pas ses relations traditionnelles. 

L’essentiel serait qu’au-delà des divisions, la Russie et l’Occident s’unissent car ils appartiennent à une même Histoire, à une même civilisation.

La réunion actuelle entre la Chine, la Russie et l’Iran est contre nature.

La Russie est un grand peuple avec ses traditions, son histoire puissante. C’est la grande Catherine qui converse avec Voltaire. C’est Pierre Le Grand, fasciné par Versailles.

Il faut s’élever, en tout état de cause, au-dessus de la violence pour reconnaitre les racines communes et revenir aux sources de la Grande Histoire.

Poutine est un dictateur, certes, mais l’Amérique quand elle envahit l’Irak sans autorisation de l’ONU, ne vaut guère mieux.

Le seul lien qui peut fonder une vraie réconciliation c’est celui de la Culture : revenir aux origines du christianisme, à celles du judaïsme.

La civilisation Chinoise ou Perse sont étrangères au monde russe. L’Europe, l’Amérique et la Russie appartiennent à un même univers.


Le véritable échec de l’Europe réside en ce qu’elle a renoncé à ses racines spirituelles, et d’abord au christianisme. C’est pourquoi si elle veut retrouver sa puissance, il lui faudra redécouvrir les fondements seuls qui peuvent lui donner une âme.

Ceux-ci ne peuvent être que spirituels.


Ce qui va être sans doute le plus délicat dans la future négociation est le fait que Poutine est devenu le leader du monde prolétaire. Dans son conflit avec l’Ukraine, il a repris le modèle du monde stalinien.

Comment va-t-il composer avec ces différents univers ?

En Europe, nombreux sont les va-t’en guerre qui ne souhaitent pas qu’un accord intervienne entre l’Ukraine et Poutine. Ils souhaitent séparer l’Ukraine du monde slave.

Là est le danger le plus grave.

La paix n’interviendra que si l’Ukraine accepte son ancrage dans le monde slave. Qu’elle préserve son autonomie, certes, mais à l’intérieur de son propre univers.


Edouard VALDMAN



lundi 10 mars 2025

Pourquoi Donald Trump a été une première fois élu ?

On a dit un peu vite que les Etats-Unis avaient souhaité s’offrir une femme comme Présidente, en l’occurrence Hillary Clinton, après un Afro-Américain. En fait, ce qui s’est joué là est un vieux réflexe civilisationnel. Les Etats-Unis sont les leaders d’une civilisation judéo-chrétienne dont le symbole est le Père, lui-même fondateur de la Loi, celle-ci édictée par Dieu. Le peuple, l’opinion ont besoin de cette symbolique. Elle est leur signe de reconnaissance. Penser que celle-ci puisse s’abolir au profit d’une quelconque « féminitude » est utopique. Par ailleurs, Donald Trump représente le Père dans toute sa splendeur. Les Trump towers achèvent le symbole sexuel. 

Les femmes comme les hommes ont finalement cédé à ce dernier davantage qu’aux sirènes d’Hillary, d’autant plus que celle-ci a commis des erreurs graves, en particulier celle de promener comme un petit chien son mari à la mine pitoyable. 

La femme victorieuse de l’homme, qu’elle a terrassé : très peu pour les Américains. 


La vraie crise de la Civilisation, réside dans l’abandon par les hommes de la Loi du Père, la plupart du temps, sous l’influence de penseurs juifs, tels Marx, Freud, Derrida. Dans le contexte de la société de leurs temps, ils ne pouvaient assumer leur identité et en conséquence, imaginaient des mondes dont le moteur était un égalitarisme pervers, que ce soient le matérialisme historique, la psychanalyse ou la déconstruction. Ces univers sont tous fondés sur l’abolition du Père, à savoir le Dieu juif. 

Les révolutionnaires de 1789 l’avaient déjà réalisé à travers Rousseau. 

Lorsque cette Loi du Père n’est pas respectée, se produisent des déviances qui peuvent engendrer le pire. C’est ce qui s’est passé avec le phénomène hitlérien. L’espace tragique européen, issu de la Grèce, était attaqué de plein fouet par le marxisme, lui-même une perversion de la Loi juive. 

C’est la Civilisation judéo-chrétienne qui est mise en cause par les héritiers de ces précurseurs. C’est pourquoi la tâche aujourd’hui, au-delà de ces derniers, est de reconstruire du Père, du Sens, de la symbolique. Ce que nous cherchons, au plus profond de notre inconscient, c’est de retrouver une identité qui nous permette d’exister. Cette identité, c’est la rencontre avec l’autre, ouverte sur l’infini. 

C’est pourquoi on ne peut comprendre le combat acharné des femmes aujourd’hui, sans le situer dans la perspective d’une reconstruction globale de la société. Celles-ci ne s’insurgent que parce que les hommes, en particulier depuis la Révolution française, ont perdu le lien avec la transcendance. C’est d’abord ce lien qu’il s’agit de recréer. 


Entre les deux fêtes qui célèbrent autrement la vie américaine et la vie française, le Thanksgiving Day et la prise de la Bastille, il est un élément de différence fondamentale. Le Thanksgiving Day célèbre l’arrivée des pèlerins en Nouvelle-Angleterre. Il est une fête religieuse. Ceux-ci étaient des huguenots qui quittaient le sol de leur patrie pour raisons politiques. On les en chassait.

Louis XIV avait déclaré la religion catholique seule religion d’Etat. Pour ceux qui n’acquiesçaient pas, il restait les dragonnades. Louis XIV a été avant la Révolution de 1789 le meilleur exemple de l’intolérance française, qui se prolonge jusqu’à nos jours à travers la laïcité.

C’est donc la liberté religieuse que les pèlerins sont venus quérir en Amérique, au péril de leur vie, après avoir abandonné leurs biens. C’est cette exclusion que les pèlerins ont d’abord rencontrée. C’est pourquoi hier comme aujourd’hui, ils remercient Dieu de leur avoir permis de survivre et de faire leur vie en Amérique. Il faut le répéter : c’est sur la base d’une dimension religieuse que la vie politique américaine est fondée.

En France, il n’en va pas de même. Le premier acte de la Révolution que les Français fêtent tous les ans le 14 juillet, est un acte de violence : la prise de la Bastille. C’est aussi un acte d’athéisme, On coupe la tête du gouverneur de la Bastille et on la place au bout d’une pique. On fait de même avec la meilleure amie de la reine, la princesse de Lamballe. Bientôt, on assassine le roi et par ce parricide, on voudra attenter à Dieu et à toute sacralité. La Révolution est d’abord un attentat contre la religion. On s’affranchit d’elle en fondant un homme sans Dieu. 

Kant est le vrai précurseur de ce monde de la Raison, face à la Révélation.

On voit ici comment les actes symboliques des deux identités sont  différents. L’un est un acte de gratitude envers Dieu, l’autre une révolte contre lui. Cela entraîne des conséquences décisives quant à la vie des deux sociétés.

Dans l’une, il existe un lien entre les citoyens. Chaque année par exemple, les sénateurs de droite comme de gauche, les républicains et les démocrates, se réunissent au Capitole autour de leur foi commune, qui les contraint d’une certaine manière à se respecter. Le Président prête serment sur la Bible. En France, ce qui lie les citoyens, c’est une absence, celle de Dieu. 

Actuellement, la laïcité souhaiterait constituer le nouveau trait d’union. Elle est en fait un nouveau déni. On pratique sa foi dans l’intimité, si on en a encore une, mais surtout, on n’en parle pas. En fait, et comme conséquence à cela, on ne parle plus de rien. C’est pourquoi en France, tout se passe en sourdine. On ne peut pas dire les choses. On dissimule. C’est le règne au lieu du double langage.


La question de l’immigration et la manière dont chaque candidat l’aborde, est sans doute la plus importante et la plus décisive. 

Hillary Clinton, dans le prolongement de l’action d’Obama, se montrait susceptible d'accorder la nationalité américaine à de nombreux immigrés entrés aux Etats-Unis en fraude, faisant sans doute le calcul qu’ils voteront pour les Démocrates aux prochaines élections. Il s’agit à la fois d’une stratégie politique et d’une tradition de ce parti, généreuse. C’est la grande Amérique, capable par sa puissance même d’accueillir tout un chacun. 

La position de Trump est différente. Il pense que l’immigration incontrôlée est à la source du terrorisme. Bien plus, les immigrés pense-t-il, vont submerger les premiers arrivants, les fondateurs de l’Amérique, les WASP, les blancs, et faire de l’Amérique, au-delà du melting pot, une nation sans centre, sans direction, une nation métissée. 

Cette position risque de rencontrer beaucoup d’adeptes, qui sans le dire tout haut, le pensent tout bas.

Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, le problème se pose d’une manière assez similaire. Trump le dit d’une façon abrupte, violente, mais c’est cette violence-même qui donne à son propos une audience importante. 


Les pays occidentaux voudront-ils demeurer judéo-chrétiens ou sombrer sous l’afflux des immigrés, qui un jour ou l’autre, risquent de les absorber, comme le firent jadis les Barbares avec l’Empire Romain ? 

Trump ne prêche pas pour un recroquevillement de l’Amérique sur elle-même mais au contraire pour une reprise en compte de ses racines afin de pouvoir intégrer davantage et se réaliser plus loin.

Les Démocrates sont davantage tentés par la globalisation, une sorte de culture mondiale, qui supprimerait les trop grandes disparités, et en même temps, réduirait les spécificités, les identités, les singularités, les cultures. 

Il est possible que la mondialisation ait élevé le niveau de vie des populations sous-développées, qu’aient pu leur être distribués d’avantage d’aliments, mais à quel prix : celui de la destruction de leur culture, comme celui de la nôtre. Nos églises se vident, mais pas au profit de plus vastes croyances, à celui du temple des Temps Modernes, celui de la consommation, le super U.

Aujourd’hui la plupart des emplois aux Etats-Unis ont été exportés en Chine, où la main-d’œuvre est meilleur marché. Ceci enlève aux Etats-Unis leur énergie, leur goût d’entreprendre et de travailler, les réduit à la pure spéculation. Ils sont séparés du faire, ce qui rend la société plus abstraite, plus virtuelle. Trump dénonce cet état de chose. 


En fait, l’avenir qui s’annonce risque d’être problématique.

Les Etats-Unis se fondent de plus en plus dans une indifférenciation générale, servie par des théories intellectuelles, dont la France est partie prenante : la Déconstruction, ou le Genre.

Le noyau dur WASP qui a fait les Etats-Unis se dissout peu à peu dans une mondialisation, qui mène progressivement à une authentique perte d’identité. 

On ne sait plus qui l’ont est : femme ou homme, noir ou blanc, homosexuel ou hétérosexuel. L’angoisse vous saisit. 

C’est le moment en général où des réactions violentes se produisent. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé sous la République de Weimar avant l’avènement d’Hitler. Il existait de profonds conflits d'identité. 

Si l’Amérique veut demeurer elle-même, elle ne peut laisser pénétrer chez elle n’importe qui sous n’importe quel prétexte. Elle doit se redéfinir autour d’un noyau dur : celui qui a constitué son fondement d’origine.

Dans le cas contraire, elle deviendrait une nation ouverte à tous les vents, dont les ennemis se partageraient très vite les dépouilles. 

Le problème se pose de la même manière en Europe : si celle-ci veut demeurer également elle-même, elle doit définir les limites au-delà desquelles elle peut accueillir des minorités, sous peine de perdre son identité.

Il faut redresser la machine afin qu’elle reprenne sa vocation première. Si elle veut continuer à intégrer des peuples nombreux et divers, elle doit redéfinir ses principes de base. Pour être universel, il faut d’abord préciser ses fondements, son enracinement. 

C’est à cette tâche que doivent désormais se consacrer à la fois l’Europe et les Etats-Unis. 


La grande tentation pour l’Amérique aujourd’hui et pour l’Occident tout entier est de penser et de croire qu’ils peuvent accueillir tout un chacun et devenir un tissu de peuples, de races et de couleurs de cultures différentes, autour d’une loi vaguement définie, autour d'une quelconque écologie ou théorie climatique. 

Si l’Empire Romain a pu gouverner le monde comme nous l’avons fait nous-même, car nous ne constituons jamais que son prolongement, c’est parce qu’à l’intérieur de la Romanité et de l'Occident se déployait un noyau dur qui les constituait. Nous sommes des judéo-chrétiens. Cette affirmation s’est poursuivie au-delà de la fin de l’Empire Romain, à travers Byzance. 

Charlemagne a pris la suite en devenant Empereur chrétien d’Occident. C’est le Christianisme qui après la Romanité a pris la relève et est devenu le nouveau noyau dur de l’Empire. Nous sommes toujours dans cette mouvance. 

Les Etats-Unis et nous-mêmes en sont les héritiers. C’est aujourd’hui la religion protestante qui est leur fondement, en même temps que les Lumières. Ils ne peuvent continuer leur course que s’ils sont capables d’affirmer leurs valeurs d’origine, contre toutes les tentations de l’indifférenciation. 


La France est un pays castré, et on voit mal désormais comment elle pourrait revenir à ses racines spirituelles, arrachées au moment de la Révolution. Les Juifs eux-mêmes y sont laïcs. Ils risquent d’oublier leur identité au profit d’une laïcité qui est en fait l’abandon de leur spiritualité. 

C’est pourquoi le dialogue Etats-Unis-France est difficile, malgré le fait que ce soit la France monarchique qui ait aidé les Etats-Unis à se constituer, et que Louis XVI sans doute ait été le premier et véritable ami des Etats-Unis.

Tels sont les paradoxes de l’Histoire : c’est un Roi qui aide une colonie anglaise à conquérir sa liberté et une République ensuite qui appelle par deux fois à l’aide cette même colonie libérée, devenue les Etats-Unis. En tout cas, la relation amour-haine que les Etats-Unis et la France entretiennent depuis toujours repose essentiellement sur la différence de leurs fondements. Les uns sont protestants, les autres catholiques, puis athées. 


Avoir tenté de faire des femmes les alliées nécessaires d’Hillary Clinton était prématuré. Beaucoup ont dû voter pour le mâle, le Père, le Président dont elles ont besoin pour se positionner, à partir de leurs propres structures familiales, pour s’identifier.


Nous avons vécu plusieurs décennies enveloppés dans des idéologies mortifères, toutes plus ou moins issues de Jean-Jacques Rousseau, avec comme unique horizon, l’égalitarisme. Il s’agissait que le plus grand, le plus fort, s’aligne sur le plus faible, que tous deviennent l’égal de l’autre. Il ne fallait pas que la masse s’élève, mais qu’elle se réduise au contraire, que tous deviennent des prolétaires. On en revient à la célèbre parole de Trotski : « Si le soleil ne doit briller que pour la bourgeoisie, nous éteindrons le soleil ! »

Aujourd’hui, tous sont invités à devenir riches, après l’élection de Trump et de toutes les contraintes. Tous sont invités à élever des tours vers le ciel, à devenir des entrepreneurs de leur propre vie. Donald Trump s’est réalisé à travers sa propre entreprise. Telle est au fond la grande Révolution Libérale, qui n’a jamais eu lieu, jusqu’à aujourd’hui. Au lieu de faire de tous les hommes des esclaves du travail, les libérer de celui-ci, de manière à ce qu’ils deviennent tous des créateurs. 


mardi 25 juin 2024

VERS UNE ELECTION DEVOYEE

Tout a débuté par un abus de confiance, lorsque François Hollande invente le piège dans lequel il espère enfermer ses adversaires, un Parquet Financier, censé faire la chasse aux fraudeurs, et destiné en fait à détruire ses ennemis politiques.

C’est ce qu’il réalise avec François Fillon quelques semaines avant les élections de 2017.

Les français découvrent soudain les supercheries dont aurait été l’auteur François Fillon, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant 5 années. Celui-ci aurait accordé quelques libéralités à ses enfants, grâce à ses relations parlementaires. Son épouse elle-même aurait reçu des émoluments indus de la part du propriétaire de la Revue des Deux Mondes.

Tout cela ne tenait pas debout et paraissait surtout assez ridicule, lorsque l’on connait la pratique habituelle du personnel politique Cependant le mal était fait, le venin introduit dans l’armure, que ses adversaires s’empresseront d’exploiter.

Il faut insister sur le fait qu’à ce moment les amis de droite de François Fillon se montrèrent très avaricieux et le défendirent du bout des lèvres.

Emmanuel Macron qui, de son côté avait créé un mouvement destiné à assurer son autonomie politique, se glisse dans l’interstice laissé par François Hollande, qui ne possédait de crédit suffisant pour se représenter, et réussit à se faire élire.

Cette manœuvre était perverse et en même temps tout à fait remarquable, un tour de passepasse étonnant.

Ensuite, tout s’enchaina. Le jeu des institutions ayant été faussé, la V° République mise au rencart, la série des catastrophes débuta.

D’abord les « gilets jaunes » qui immobilisèrent la France chaque samedi pendant une année. Ce fut ensuite le Covid, dont la gestion fut très contestée, puis le problème des retraites qui mit des millions de personnes dans la rue. Vint également le soulèvement des banlieues qui mit la France à feu et à sang, les attentats multiples émanant la plupart du temps d’islamistes, résultant par ailleurs du laxisme du Président face au problème de l’émigration qu’il considère comme un élément parmi d’autres à l’occasion de la construction de l’Europe, sans oublier les flagellations devant l’Algérie et autres anciennes colonies françaises au nom de certains crimes contre l’humanité dont la France se serait rendue coupable.

Par-dessus tout cela, les positions changeantes d’Emmanuel Macron en ce qui concerne le problème ukrainien, prétendant un jour qu’il ne fallait pas humilier Poutine, et le lendemain annonçant qu’il était prêt à envoyer des soldats français en Ukraine.

Mais davantage, un narcissisme forcené qui érige sa personne en véritable divinité, parcourant le monde de long en large, sans aucune nécessité et sur le dos des français.

Bien plus, Emmanuel Macron a souscrit un contrat avec une agence en communication étrangère qui distribue son image sublimée, chaque jour en première page des grands journaux français.

Quel que soit le résultat de ses actions, positif ou négatif, son portrait trône en première page des quotidiens et hebdomadaires, assurant sa publicité et la toute-puissance de son image.

Telle est la vraie nature du Président de la République, un narcissisme à toute épreuve qui, quoi qu’il fasse lui assure la première place dans les médias.

C’est ce qui explique d’ailleurs son comportement dans la dissolution de l’Assemblée nationale : un coup de sang mêlé à son immense désir de paraitre et un mépris extraordinaire envers les autres. Son Premier ministre n’a pas été averti de son initiative.

Ce qui est le plus grave, c’est que dans l’assurance de sa supériorité, il est tout à fait envisageable qu’il appuie sur le bouton nucléaire. Cela lui donnerait sans doute le sentiment de la suprême puissance en même temps que la plus grande jouissance.

Emmanuel Macron est persuadé d’avoir fait avancer la France. Il est sûr de ne pouvoir se tromper au moment même où tous s’accordent pour dire que la dissolution est une erreur.

Il persiste et il signe !

Le malaise français aujourd’hui résulte de l’extrême fragilité du Président, de son mépris et de sa certitude de posséder la vérité. En fait, la supercherie d’origine, le mensonge qui a présidé à son avènement viennent aujourd’hui échouer sur le rocher de la vérité.

La situation dont il est victime n’est que l’envers de sa duplicité et de sa violence quotidienne envers la conscience des français.

Mais l’essentiel réside en ceci : L’Europe doit se construire à partir de la singularité de chaque peuple qui la constitue. Ce n’est qu’en assurant leurs pleine identité que les peuples européens pourront constituer une véritable civilisation.

Emmanuel Macron pense au contraire qu’il s’agit d’éradiquer l’originalité de chaque peuple au bénéfice d’une Europe fantasmée qui n’aurait plus aucune saveur.

Il faut rappeler qu’Emmanuel Macron, pour supprimer ce qu’il appelle le vieux monde, a mis à mort la diplomatie française et est prêt à remettre les décisions concernant la défense même de la France entre les mains d’une administration européenne dont le mépris pour les peuples est bien connu.

Enfin, Monsieur Macron flirte avec les différents concepts de ce que l’on appelle « la modernité » : GENRE, PMA, LGBT, et qui sont en fait le signe de la décadence de notre monde. C’est d’ailleurs contre quoi s’érigent les peuples des pays dits sous-développés et leurs leaders, la Russie et la Chine.

Emmanuel Macron est en fait l’anti de Gaulle, bien qu’il s’en défende, l’ennemi de l’Etat, parachevant son œuvre par la suppression de l’ENA dont il était lui-même issu, qui était la création de Michel Debré.

Et là nous touchons peut-être à un domaine plus profond, d’un autre ordre. Emmanuel Macron déteste le Père et partout où il le trouve, il souhaite le détruire.

Cette haine du Père est aujourd’hui ce qui menace la société française et le monde dans sa totalité. C’est à l’opposé qu’il s’agit d’œuvrer, la reconstitution des valeurs, celles de notre identité.

C’est pourquoi les français se tournent vers des édiles susceptibles de leur assurer de l’autorité.

 

Edouard VALDMAN

Ancien Secrétaire de la Conférence du Stage
Ancien élève de l’Institut politique de Paris
dernier livre paru : Le drame français

vendredi 10 mai 2024

VERS UNE UNION DES DROITES !

On n’a pas mesuré toute l’importance de la Repentance de l’Eglise catholique et de Vatican II. Ce sont pourtant des évènements considérables. 

En effet, pendant 2000 ans la lutte entre la synagogue et l’Eglise n’a jamais cessé. Cette dernière s’est voulu la nouvelle Jérusalem. On connait le rôle monstrueux de l’Inquisition que Napoléon a supprimée aussi bien à Venise qu’à Madrid et dans tous les pays demeurés féodaux, à ce moment. 

Le pape s’est abstenu pendant 2000 ans de se rendre à la synagogue de Rome ainsi qu’au Mur des Lamentations de Jérusalem. Jean XXIII a mis fin à cette exclusion et Jean-Paul II pour la première fois s’est rendu dans la ville Sainte. Jean-Marie Lustiger, juif lui-même, dans un mouvement contraire se convertit et devient Cardinal de l’Eglise catholique. 

Les juifs enfin, vont pouvoir marcher main dans la main avec les catholiques. Il s’agit d’une grande révolution spirituelle. L’Occident grâce à cette nouvelle union se renforce et acquiert une nouvelle puissance. 

Le XX° siècle a été celui de l’Homme sans Dieu, celui de Marx aussi bien que de Nietzsche. Le XXI° siècle sera celui de Rome et de Jérusalem. Après l’Holocauste, la Résurrection d’Israël est sans doute le grand évènement du siècle. L’Occident se refonde autour de sa foi. 



L’antisémitisme était un des fers de lance de l’extrême droite. Il l’avait nourrie pendant toute la III° République, notamment durant l’Affaire Dreyfus, avec Barrès, Maurras, etc... 

Cela, c’est fini. La Papauté y a renoncé, à travers la Repentance. C’est pourquoi les mauvais mots de Jean Marie Le Pen n’ont plus de présent et n’ont plus d’avenir. Le Rassemblement National accepte l’Europe et est prêt à gouverner avec la droite classique. En tous cas celle-ci ne peut venir au pouvoir, qu’avec lui.

Le Front National change d’appellation et se nomme désormais le Rassemblement National. Il devient fréquentable.



Je tiens Anna de Noailles pour un des plus grands poètes français.

J’aime par-dessus tous ses poèmes orientaux, lorsqu’elle évoque Istanbul, le Bosphore et Arnaut Kue.

Sa poésie est avant tout sensuelle. Elle parle de l’amour et de la mort. Elle tente d’apprivoiser cette dernière. Elle vit avec elle. Elle essaie de se la concilier. Elle en a peur.

Le « Cœur innombrable » est sans doute le recueil d’Anna de Noailles auquel vont mes préférences.



Anna de Noailles était une amie de Marcel Proust. C’était une aristocrate. Elle appartenait à une grande famille française, et à l’encontre de son clan, elle était de gauche et Dreyfusarde.

Le plus étonnant est qu’elle ait été l’amie de Maurice Barres, le plus réactionnaire de tous les écrivains français, celui qui a dit cette chose monstrueuse que « Dreyfus est coupable, je le connais de sa race ! »

Barres, pourtant, fut un des grands amours de sa vie. Je me suis longtemps interrogé à ce sujet. Comment une femme de ce génie avait-elle pu seulement côtoyer un homme qui avait prononcé de telles paroles ?

Anna de Noailles devait incontestablement être éblouie par son talent. Il était le grand écrivain de sa génération, le maître de Mauriac et autres auteurs. Elle avait dû le situer à l’intérieur de sa classe et plonger par son amour même jusqu’à ces confins de l’âme où se nouent les contradictions et les malentendus.

Après la grande guerre Barres était revenu sur ses positions anti dreyfusardes. Anna de Noailles l’avait sans doute influencé.



Cette conversion nous conduit sans doute vers quelque chose de plus actuel.

On dénie aujourd’hui aux anciens membres du Front national, la possibilité de se convertir, d’évoluer, de changer.

Le nationalisme français avec Barres, Maurras et autres antisémites était sectaire et raciste. Cependant il y eu la guerre mondiale, la Shoah, le Retour d’Israël. Les anciens réactionnaires français admirent le nationalisme d’Israël.

Pourquoi refuserait-on aux anciens réactionnaires du parti nationaliste la possibilité d’évoluer, alors qu’on accepte que les anciens staliniens et autres communistes se convertissent en divers mouvements de gauche démocratique 

La France doit rassembler les différentes parties de son génie et de son Histoire. C’est le seul moyen qu’elle possède pour pouvoir reconstruire une authentique entité nationale.



L’union des droites en rééquilibrant la vie politique permettrait paradoxalement à la gauche de reprendre sa place traditionnelle dans la vie politique française. Sa quasi disparition n’est pas saine au moment où la France doit affronter les enjeux européens et mondiaux.

Par ailleurs, il convient enfin de restituer au Président de la République son mandat de sept années tel que prévu par le Général de Gaulle. Cette durée était elle-même symbolique. Elle est une condition indispensable au rééquilibrage de la vie politique française.


Edouard VALDMAN
Dernier livre paru
« Le drame français », 2021, éditions Les impliqués.

samedi 10 février 2024

ROBERT BADINTER ET L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT

Robert Badinter, avocat, ancien ministre de la justice, ancien Président du Conseil Constitutionnel, sénateur, est celui grâce auquel la peine de mort a été abolie. Cette abolition, personne ne viendrait à la remettre en cause ou seulement la questionner. Il s’agit là d’un absolu, de quelque chose d’intouchable qu’il a préconisé et qu’il a fait voter.


Or, rien n’est plus contestable. En effet, ce qui était véritablement en question quand cette mesure a été votée, c’était le statut de la Cour d’Assises. Celle-ci en effet, constituait le prolongement du Tribunal révolutionnaire créé en 1793 par la Convention Nationale. Ce Tribunal jugeait sans appel. Il était infaillible. C’est lui qui a condamné le Roi et la Reine à la peine de mort. Le peuple était censé ne pouvoir se tromper.


Cette infaillibilité de la Cour d’Assises avait deux siècles lorsque l’abolition fut votée. Personne jamais n’aurait songé à y porter remède. On aurait eu l’impression de toucher à quelque chose de sacré.


Pendant deux siècles, la liberté, selon les Français, a été suspendue aux décisions de cette Cour. Le vote, instaurant un deuxième degré de juridiction à la Cour d’Assises, l’appel de ses arrêts, est intervenu sous le gouvernement de Lionel Jospin en 2003, en même temps que celui à propos de la présomption d’innocence et ce, ultérieurement à l’abolition de la peine de mort.


Tel était le véritable enjeu. D’innombrables têtes sont tombées. Si l’appel eut existé, sans doute eussent-elles pu être sauvées.


Cependant, le vrai problème, c’est que celle-ci présume une société désacralisée, une société qui, faute de certitude et de foi, ne s’autorise plus à condamner à la peine capitale.


Camus et Koestler l’avaient bien vu dans un livre qui a fait date « Réflexions sur la peine capitale ». Comment pourrait-on prononcer, disaient-ils, une décision condamnant à la peine capitale dans une société qui a rompu toute relation au sacré ?


En ce sens, Robert Badinter a été cohérent avec lui-même, à un petit détail près cependant. Il s’est toujours revendiqué comme « juif » et a signé des tribunes dans le journal le Monde, à ce titre.


Or, être juif précisément, c’est entretenir une relation avec l’espace du Saint, avec la question de l’absolu, avec celle de Dieu.


Hors, de cette relation, il n’y a pas de judaïsme.


Sans doute Robert Badinter appartient-il à cette catégorie dite « des juifs laïques ». Ceux-ci ont fait alliance une fois pour toutes avec la République, avec la gauche, avec les Lumières et ceci malgré l’affaire Dreyfus, malgré Vichy, malgré l’Holocauste.


 


 


En fait, la campagne en faveur de l’abolition de la peine de mort était démagogique mais porteuse pour la gauche. Mitterrand d’ailleurs à l’origine ne lui était pas favorable, pas plus que l’ensemble des français.


Elle est surtout critiquable dans le mépris avec lequel elle traite les criminels eux-mêmes.


En effet la mort est le seul châtiment à la hauteur de leurs crimes. On peut imaginer un criminel s’investissant complètement dans son acte, allant au bout de lui-même, au bout de sa passion.


Le crime peut être un choix par rapport à une situation donnée. Il peut être une vengeance que l’on souhaite assouvir, une passion au bout de laquelle on souhaite aller. La société n’a pas le droit de la voler au criminel. Il peut s’agir pour lui d’un acte de liberté.


Lui retirer la possibilité de ce châtiment suprême corollaire de son acte, est rabaissé celui-ci.


C’est donc à lui qu’il reviendrait de choisir. Seule la mort est à la hauteur de son acte. Encore faut-il qu’il ait le courage de revendiquer cette peine. C’est ce qui s’est passé avec Buffet et Bontemps, les derniers condamnés à mort.


L’abolition résulte d’un parti pris de gauche qui semble exprimer un souci humanitaire et qui substitue à une condamnation à mort une peine d’enfermement à vie. C’est ce qui explique le nombre considérable de suicides, dans les prisons françaises.


Les condamnés à des peines de trente ans de prison ou de la prison à vie y trouvent-ils leur compte ? Si on leur posait la question, il est possible qu’ils choisissent la peine de mort.


Par ailleurs, ces années de prison ont un coût. Nous entretenons des criminels et autres terroristes qui eux, n’ont que mépris pour la vie humaine.


L’abolition de la peine de mort n’est pas un progrès vers une humanité plus compatissante. Elle est une crainte devant le crime et surtout une incapacité à le penser. Elle est une défaite devant le caractère sacrée de la vie humaine.



 


Bien plus, la condition des prisons françaises est depuis toujours un authentique scandale. Robert Badinter, lorsqu’il était ministre, n’a pas réussi à y remédier. La France est régulièrement condamnée par la Commission européenne des Droits de l’homme.


Ce mépris des français pour leurs prisons révèle une mentalité intolérante et la Révolution n’a fait qu’accroitre le malaise. Nous vivons toujours sur l’Aveu, cher à l’inquisition, sur la culpabilité, et ceci demeure au-delà des pétitions de principe.


La loi sur la présomption d’innocence, essentielle, est intervenue récemment pour de mauvaises raisons, d’ailleurs. Il s’agissait de venir en aide aux hommes politiques mis en examen.


En tous cas, cette présomption établit une procédure fondamentale du droit anglo-saxon, installée en Grande Bretagne au 16ème siècle, l’Habeas Corpus, qui est le véritable fondement de la démocratie anglaise et de la liberté.


N’en déplaise à la gauche française et même à la droite, les Anglais sont en avance sur nous en ce qui concerne celle-ci.


Les Etats-Unis qui sont un pays protestant en majorité, Israël qui est une nation religieuse, ont conservé la peine de mort, même si elle est exceptionnelle.


Ce qui est en cause en particulier aux USA c’est moins la peine en elle-même que la manière dont elle est distribuée. Cela il faut absolument le modifier. La peine de mort doit être une justice et elle doit respecter le condamné.


 


 


La vérité, c’est que la France si, comme elle le prétend, elle a abattu un certain nombre de tyrans, elle a surtout tenté de détruire en elle un espace indispensable à la survie de l’humain.


Les principes de la Révolution française, telle la laïcité, les droits de l’homme, la liberté, tous fondés sur la mort de Dieu et la toute-puissance de la Raison, n’ont pas été choisis par les français, mais imposés par la dictature jacobine.


La justice française est l’exemple le plus probant du caractère totalitaire des structures de la France. Le symbole en est le juge d’instruction tout puissant, crée par Bonaparte, et qui décide souverainement de l’enfermement des citoyens.


Et certes, des réformes ont été apportées qui ont réduit la toute-puissance de celui-ci. Aujourd’hui il lui est adjoint un magistrat au moment de la mise sous mandat de dépôt : le juge des libertés.


Cependant, l’identité française construite par la Royauté et l’Eglise, modifiée par la Révolution et l’Empire, demeure autoritaire, dans la droite ligne de l’Inquisition.


Une présomption de culpabilité pèse sur la société française, au-delà des récentes réformes, qui vient tout droit de l’Inquisition.


Nous nous situons toujours dans un système inquisitorial face à des pays anglo-saxons qui se situent eux-mêmes dans un système accusatoire.


Nous avons vu qu’en France, la droite comme la gauche se rejoignent dans une complicité négative, à savoir le meurtre du Père, le parricide.


Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est de reconstruire de la symbolique au centre de l’Etat.


La lutte qui intervient aujourd’hui entre la bourgeoisie libérale de sensibilité davantage anglo-saxonne, et la bourgeoisie conservatrice, symbolise le problème de la césure. Ces deux bourgeoisies sont complices dans la parricide.


C’est toujours l’absolu contre la tolérance, la Sorbonne contre l’humanisme, le Collège de France contre l’Inquisition. La bourgeoisie libérale cherche à faire prévaloir des idéaux qui se rattachent davantage à la Réforme.


La haine entre ces deux formes de sensibilité est sans doute pire que celle qu’ils nourrissent face au socialisme ou aux idéologies qui lui sont proches, la plupart matérialistes.


Ici nous sommes dans une authentique guerre de religions.


  


 


Il faut préciser que dans un livre à l’intérieur duquel il exprime sa pensée à propos de la peine de mort « L’abolition », à aucun moment Robert Badinter ne s’apitoie sur le sort des victimes. Qu’elles soient égorgées, cela apparemment ne l’émeut pas. Ce qui le révolte c’est celui du criminel, du terroriste, celui du guillotiné.


Il fait par ailleurs siennes les sciences modernes, en particulier la psychanalyse et la pulsion de mort par laquelle nous serions tous agis. A quelque moment que ce soit nous pourrions en être la victime. C’est le triomphe de l’inconscient.


C’est pourquoi il exonère en partie de leur responsabilité les grands prédateurs tels Barbie et autres criminels de guerre nazis.


Il ne revient pas sur la condamnation de ce dernier à la prison à vie, celui-là même qui a envoyé son père à Auschwitz, où il est décédé.


Il semblerait que Robert Badinter soit pris dans des contradictions difficiles à démêler entre sa fidélité aux idéaux des Lumières, sa condition de juif et ses convictions anglo-saxonnes.


En fait, si la France a été incapable de promouvoir le système de l’Habeas Corpus, c’est en raison de l’existence même de la philosophie des Lumières et de son incapacité à penser le divin.


 


 


Le plus important sans doute dans ce débat, c’est le problème de ce que l’on pourrait nommer celui du « sacrificiel ».


La peine de mort en effet a longtemps été un supplice. Elle a constitué un rite, et ce dans toutes les civilisations. Il ne s’agissait pas seulement de punir mais de « sacrifier » dans la mesure où l’ordre de la Cité avait été transgressé ou aboli. C’est le mythe d’Antigone.


La transgression,  cela méritait davantage qu’un châtiment. Il fallait que celui-ci fût exceptionnel, car il devait empêcher le retour de tels actes qui troublaient l’ordre du monde.


Dans le sacrifice d’Isaac qui est en un certain sens exemplaire, il est à noter que si Dieu envoie à Abraham, sur le bûcher, un bélier en place et lieu de son fils Isaac, c’est parce que celui-ci lui a d’abord obéi inconditionnellement et était prêt à le lui sacrifier.


En tout état de cause dans l’abolition de la peine de mort est inscrite la volonté de rompre avec le sacrificiel. Désormais nous sommes dans le pur rationnel. Nous passons de la peine capitale, à l’enfermement.


Celui-ci est censé être davantage humain. Il faudrait questionner à ce sujet des prisonniers condamnés à passer leur vie entière derrière les barreaux. Seuls, ils pourraient répondre.


Le sacrificiel désormais aboli, le nouveau châtiment est sans doute pire que la mort. Il est glacé, concentrationnaire et à perpétuité. Il a le visage de l’homme technologique, de l’homme industriel, avec tout l’arsenal des quartiers de haute sécurité. En fait, l’homme ici n’a plus de visage.


La mort d’une certaine manière donnait sens à sa vie, à son acte. Elle le hissait à la hauteur du tragique. Ici il n’y a plus rien. L’homme est devenu une ombre.




 


 


ROMAIN GARY


 


Dans « La nuit sera calme », Romain Gary explique qu’il a écrit le texte qui suit à Majorque où il vivait alors en juin 1972 au moment de l’abolition de la peine de mort en Californie.


« Les uns après les autres les pays abolissent la peine de mort. En France des voix d’hommes épris de justice et de dignité appellent à la suppression que ce que Casamayor a dénoncé comme une capitulation devant l’instinct de vindicte populaire. Je voudrais poser ici la question suivante : l’abolition de la peine capitale est-elle la conséquence d’un progrès moral et social autrement dit d’un respect accru pour la valeur vie ou est-elle au contraire le résultat d’une dévalorisation de la vie humaine ?


Mais ne l’oublions pas il y a toujours plus et autre chose qu’un châtiment dans la peine de mort. Il y avait une infirmation du caractère sacré de la vie. Il s’agissait par le châtiment suprême d’assigner à la vie humaine une place suprême.


En ce sens, il est normal que la peine de mort ait existée à des époques humanistes puisque la vie humaine était considérée par celle-ci comme une valeur sacrée.


Il m’est donc difficile de partager l’optimisme de ceux qui voient aujourd’hui dans la disparition progressive de la peine de mort le signe d’un progrès. Il me semble au contraire qu’elle témoigne de la dévalorisation de la vie humaine.


Autrement dit, la peine de mort est devenue archaïque parce que la vie humaine en tant que valeur sacrée l’est devenue encore davantage. Le meurtre tend à être accepté comme un moyen d’expression courant.  Autrement dit, l’abandon de la valeur mort intervient fort logiquement en même temps que la chute en flèche de la valeur vie. »


 


Cet article a été publié dans un ouvrage intitulé « Le 21e siècle sera spirituel ou le Troisième Temple » aux éditions Apopsix en 2017.