mardi 4 mai 2021

EMISSION DE RADIO

Edouard Valdman 

a le plaisir de vous informer qu'il interviendra sur

Radio Notre Dame,

le jeudi 6 mai à 7 heures,

à l'invitation de Louis Daufresne sur le thème suivant :

Napoléon, le pouvoir et la mort".

NAPOLEON : LE POUVOIR ET LA MORT

A l’occasion de la commémoration du bicentenaire de la mort de l’empereur Napoléon, beaucoup de livres sont édités et de nombreux commentaires publiés.

Etrangement et pour la première fois sans doute, les auteurs insistent sur une part très sombre de sa carrière, ce moment où en Egypte il a fait sacrifier à l’arme blanche trois mille prisonniers turcs à qui préalablement il avait promis la vie sauve au cas où ils se rendraient.

Les généraux qui l’entouraient en étaient eux-mêmes écœurés.

En vain Bonaparte avait tenté de prendre Saint-Jean d’Acre. Le mamelouk qui s’était retiré dans cette place forte avait la réputation d’être d’une indicible cruauté. Il était soutenu par les anglais.

La prise de cette ville était pour lui un enjeu majeur. Or il avait été obligé de renoncer.

On s’est étonné de cette cruauté et de ce mensonge. On dirait que les différents historiens qui avaient écrit sur Napoléon jusqu’à ce jour avaient désiré passer sous silence cet incident. Il constituait une tâche.

C’est dans un ouvrage de l’historien Benoit Mechin que j’en ai entendu parler pour la première fois.


En fait, il s’agit d’un moment essentiel dans son itinéraire.

Jusqu’à présent il était un général audacieux, brillant. C’était un vainqueur. Il avait fait preuve de son génie en Italie, au 13 Vendémiaire.

Il avait vaincu la mort à plusieurs reprises en particulier au pont d’Arcole, à l’occasion de la prise de Toulon où il faisait partie de la « batterie des hommes sans peur ».

Comme il le disait lui-même « N’oubliez pas que le Dieu de la guerre m’accompagne ».

La campagne d’Egypte aujourd’hui constituait une entreprise d’une audace folle.

Ici, il franchit une nouvelle étape dans sa relation à la mort. Il viole les lois les plus sacrées de l’humanité. Il tue sans nécessité absolue trois mille hommes sans défense.

Il se situe désormais au-delà de toute Loi, au-delà de toute morale. C’est la transgression absolue. A ce moment-là Napoléon n’est plus un homme. Il se place du côté des Dieux.

C’est un acte que Nietzsche aurait parfaitement honoré, lui pour qui Napoléon est le héros absolu, l’homme de la tragédie antique, l’anti prophète juif.

Plus tard Napoléon dira en parlant de l’Egypte « C’est là que j’ai conçu la haute ambition ». Il dira aussi « Qu’est-ce que cent mille hommes, pour un homme comme moi ? ».

Ici, Napoléon celle son destin. Désormais il est à l’égal de César, celui qui a franchi le Rubicon de l’être.

Il n’obéit plus à la loi des hommes. Il s’est placé au-delà du bien et du mal.

Kléber, qui le voit après ces événements et qui les avait condamnés, après avoir assisté à de nouvelles victoires, s’était exclamé « Général, vous êtes grand comme le monde ! ».

Desaix lui-même avait été définitivement conquis.

La confirmation de son désir du pouvoir absolu lui est venue en Egypte. C’est après celle-ci qu’il accomplit son coup d’état, après qu’il eut abandonné son armée. En principe, le Directoire aurait dû le faire fusiller.

C’est ici que le monde anglo-saxon se sépare de nous. Il conserve sa relation à la divinité et à la royauté. Il les intègre.


C’est ce monde qui vainc Napoléon et qui plus tard vaincra Hitler.


Au-delà du Concordat, Napoléon a fondé le règne de l’Homme, celui des Lumières, de la Raison. IL a tué Dieu.


C’est pourquoi regretter que Napoléon soit ensuite allé en Russie est utopique. Il ne pouvait plus tolérer aucun obstacle. Désormais il ne pouvait vivre que dans le défi, et la transgression.

Son véritable interlocuteur n’était pas le tsar Alexandre, c’était le destin.

Quiconque veut s’affronter au pouvoir doit faire référence à cet itinéraire. Le pouvoir, c’est la mort.

Il y a ceux qui sont capables de la donner et il y a les autres. Ce sont peut-être des ambitieux, mais ils ne sont pas des conquérants. Les conquérants sont ceux-là seuls qui ont signé ce pacte.

En matière de création artistique, il en va de même.

Il y a les artistes qui mettent leur vie en cause, qui la risquent. Et puis il y a les autres qui jouent avec le langage.

Une œuvre ne vaut que dans la mesure où l’auteur a affronté la mort. Ce n’est qu’ensuite qu’il pourra avoir une relation privilégiée avec la beauté.

La différence dans sa relation à la mort avec celle du conquérant, c’est que l’artiste travaille sur sa propre blessure. Il se brûle lui-même.

Le conquérant ne met pas en cause sa vie. Il ne l’affronte pas directement. Il utilise les autres, ses soldats.

Telle est la différence essentielle.

Telle est la fascination de l’un et la grandeur de l’autre.

Edouard Valdman
Ancien élève de l’Institut Politique de  Paris
Ancien Secrétaire de la Conférence du  Stage
du Barreau de Paris

samedi 6 mars 2021

A PROPOS DU SECRET PROFESSIONNEL

Ce qui est frappant et significatif, c’est qu’à l’occasion de la pandémie qui nous assaille depuis un an, pas un mot n’ait été prononcé quant à la religion et à la sacralité, par quelque autorité que ce soit. L’actuel gouvernement a certes privilégié pour les dernières fêtes de Noël les églises par rapport aux établissements culturels, ce qui était à mon sens extrêmement adroit et sans doute courageux. Cependant pas un seul mot de sa part ou de qui que ce soit d’autre, à propos du recours à Dieu qui a toujours été l’élément déterminant à l’occasion des pestes et autres catastrophes sanitaires.

Il en va de même aujourd’hui dans un autre ordre, celui du secret professionnel entre l’avocat et son client.

On feint de croire que ce secret se maintient seul dans le ciel, par la grâce de la Constitution ou autres arguties juridiques, ce qui montre à quel point la France est spirituellement appauvrie ou davantage en perte de repères.

Si l’on souhaite que le secret professionnel soit respecté, il faut que son fondement soit nommé, qu’il soit précisé.

Comment le pourrait-on s’il n’y a pas de base spirituelle à sa défense, s’il n’existe pas un interdit qui en fasse un absolu, qui contraigne et qui fonde.

Si le secret entre l’avocat et son client doit être sauvegardé, si les écoutes téléphoniques doivent être interdites, si le principe de la confession entre le prêtre et son ouaille peut être conservé, entre le médecin et son patient de la même manière, c’est parce qu’au centre de l’être humain il est un mystère, un manque.

Aujourd’hui personne n’ose évoquer cette dimension.

Lorsque Emmanuel Macron assiste aux obsèques de Johnny Halliday, il se garde bien de franchir le seuil de l’église de la Madeleine. Il précise par là-même qu’il est un laïque et qu’il ne connaît pas de principes religieux. Il reste en deçà de la barrière du sacré.

S’il n’y a pas de sacralité, sur quelle base fonder le secret entre l’avocat et son
client ?

Comme le dit si bien Karamazov « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ! ».

On a bien compris que c’est le fondement même de notre société et de notre civilisation qui est en cause à travers le problème du secret.

Ce principe apparaît aujourd’hui largement transgressé mais en fait, on peut se demander comment il a pu perdurer dans une société qui a depuis longtemps perdu tout contact avec le Sacré.

On peut comparer ce secret au principe de l‘abolition de la peine de mort. Comme le disaient très justement Albert Camus et Arthur Koestler « Comment maintenir le principe de la peine de mort dans une société qui a perdu le sens du Sacré ? ».

Celle-ci ne représente plus rien, dans un monde sans Dieu.

Le gouvernement qui a introduit récemment dans le jeu de la justice l’institution du Parquet Financier et ses rites est un gouvernement socialiste, laïc dont le seul but était de se créer un outil pour abattre ses adversaires, de préférence de droite. Aujourd’hui au moment où les avocats tentent d’élaborer une défense contre la violation du secret professionnel à l’occasion des écoutes téléphoniques dans l'affaire Sarkozy, ils se découvrent sans moyens.

Ils ne savent pas sur quelle base l’établir.

Ils sont donc condamnés à s’inventer de petits artifices, la mise en cause de tel ou tel magistrat, le caractère excessif et partisan d’un certain type de condamnation. On voit bien comment aujourd’hui les poursuites contre Nicolas Sarkozy bafouent le secret professionnel à travers la violation des écoutes téléphoniques.

Qui aura le courage de s’affronter au Parquet Financier alors que celui-ci peut attribuer à son adversaire quelque forfaiture que ce soit. L’actuel ministre de la justice d’ailleurs, qui avait été l’objet lui-même d’écoutes, et qui avait déposé plainte, a renoncé à celle-ci dès qu’il a été promu Garde des Sceaux.

Le vrai problème c’est la béance, ce vide de la foi qui fait qu’on ne sait plus, faute de Dieu, fonder l’Homme.

L’espoir ne viendra pas d’une quelconque réforme de la loi sur le secret professionnel, l’instrument entre les mains du pouvoir politique étant trop puissant. Il ne viendra pas non plus de la résurgence de la dimension spirituelle à travers l’évolution de la configuration politique française, et de la montée en puissance des archipels identitaires susceptibles d’introduire un peu de foi dans des structures essentiellement basées sur la raison.

L’espoir viendra sans doute de l’Europe. Comme en matière de détention et de  violation des droits de l’homme, la France est régulièrement condamnée par la Commission européenne.

L’appel à cette Commission pourra être un recours contre la violation du secret professionnel entre l'avocat et son client par les juges français.

N’oublions pas que la loi anglo-saxonne qui inspire aux cotés de la loi française la législation européenne, est avec l’Habeas Corpus imprégnée de religiosité. C’est elle qui a inventé et fondé la démocratie.

Elle viendra suppléer aux insuffisances de la France jacobine, inquisitoriale, et qui fait fi comme nous venons de le voir des droits de l’homme.

Contrairement à ce qui a été dit par nombre d’avocats présents au procès Sarkozy, il s’agit avant tout d’un procès politique.

On aura compris qu’il s’agit d’abord de retrouver l’essence de la justice, le principe même de sa sacralité. Celle-ci ne peut reposer sur des bases purement matérialistes. Seule la transcendance peut les justifier.


Edouard Valdman
ancien Secrétaire de la Conférence du Stage
du Barreau de Paris


samedi 9 janvier 2021

A propos d'un présumé inceste : l'affaire Duhamel

J'ai connu Jacques Duhamel, le père d'Olivier dans les années 60, dans le Jura. Mes parents étaient propriétaires d'un hôtel "le Grand Hôtel de Genève" à Dôle. Comme son nom le laisse deviner, il se situait sur la route Paris-Genève qui à l'époque était un axe important.

Jacques Duhamel était à ce moment directeur du Commerce Extérieur. Il avait été préalablement au cabinet d'Edgar Faure, aux côtés de VGE. Il cherchait à se faire élire dans la région. C'est ce qui expliquait sa présence à Dôle aux côtés du même Edgar.

A l'époque, ils étaient dans l'opposition à de Gaulle et prévenaient d'ailleurs le bon peuple "de ce que cela allait vous couter". "Cela", c'était les voyages du général de Gaulle en Amérique latine.

Jacque Duhamel logeait dans l’hôtel de mes parents et ce, de manière démagogique. En effet, il y avait à Dôle un hôtel qui possédait un standing bien supérieur au leur. C'est dans cet Hôtel Chandioux, sur la grande place que Jacques Duhamel et Edgar Faure auraient du résider. Ils avaient préféré à travers le choix de l’Hôtel de Genève, montrer au peuple qu'ils avaient des véléités davantage démocratiques.

En tous cas, je sympathisai beaucoup avec Jacques Duhamel. J'étais alors étudiant et je me proposai d'intégrer Sciences Politiques quand je monterais à Paris.

Il m'y accueillit très amicalement dans son bureau de l'avenue Raymond Poincaré. J'y remarquai d'ailleurs un immense tableau de Bernard Buffet. Jacques Duhamel était un esthète.

J'ai assisté à plusieurs meetings électoraux auxquels il avait participé aux côtés d'Edgar Faure dans la grande salle des fêtes de Dôle.

J'avais été impressionné par le caractère brillant de leur performance.

J'ai gardé le contact avec Jacques Duhamel jusqu'à sa fin tragique. Il habitait alors, comme François Mitterrand, rue de Bièvre, non loin du professeur Funk-Brentano, son beau frère.

J'ai assisté à son discours à l'Assemblée Nationale quand il est devenu Ministre de l'agriculture.

C'était un homme à la fois brillant et généreux, destiné aux plus hautes fonctions. Il avait été nommé Ministre de la culture par Georges Pompidou. La maladie foudroyante est venue interrompre sa course.

A la même époque j'ai rencontré Evelyne Pisier à Nice en même temps que sa soeur Marie France au moment même ou cette dernière était engagée par François Truffaut pour "Les 400 coups".

J'ai conservé des rapports amicaux avec Evelyne, après sa montée à Paris et son départ pour Cuba avec une bande de nos amis, Jean-Pierre Osenda, Una Liutkus... Ils appartenaient de près ou de loin à la jeunesse communiste comme d'ailleurs tous ceux qui étaient de ce voyage.  Bernard Kouchner en était l'organisateur.

A cette occasion Evelyne avait rencontré Fidel Castro avec lequel elle avait eu une aventure et elle écrivit un livre à ce sujet "Soudain la liberté".

Retour de Cuba, Evelyne avait épousé Bernard Kouchner, avait eu plusieurs enfants, puis était devenue directrice du Livre au Ministère de la culture, sous Jack Lang.

Ultérieurement elle avait épousé Olivier Duhamel, après avoir divorcé de Bernard Kouchner. Marie-France de son coté avait épousé un membre de la famille Funk-Brentano.

En tous cas, tous ces personnages étaient de gauche et devaient avoir une action importante dans la génération Mitterrand.

Ce qui était étonnant, c'est qu'Olivier Duhamel qui apparaissait sur de nombreux écrans de télévision à l'occasion d'émissions politiques, et qui était devenu par ailleurs un des patrons de Sciences Po n'avait jamais réussi à devenir ministre comme l'avait été son père ou Bernard Kouchner. J'avais l'impression qu'il était frustré. Son image n'était pas sympathique. Elle manquait d'ouverture.

Plus tard Evelyne est décédée et j'ai entendu parler d'Olivier à plusieurs reprises par mes amis Osenda et Liutkus, ceux-même qui avaient accompagné Evelyne à Cuba.

Son livre dailleurs n'avait pas connu un grand succès malgré une critique élogieuse d'Elizabeth Badinter, qui évoquait pourtant "le livre d'une génération".

Il est vrai que cette aventure cubaine avec Castro ne devait pas nécessairement enchanter ni  Kouchner ni Olivier Duhamel.

Récemment, en mars 2019, j'ai rencontré Olivier Duhamel à l'occasion de la Journée du Livre Politique organisée par Luce Perrot à l'Assemblée Nationale. Il venait dédicacer son dernier livre "Jacques et Colette" qui relatait la carrière de son père en même temps que sa rencontre avec Colette Gallimard.

J'ai retrouvé dans ce livre de très lointains souvenirs du temps de Dôle.

J'ai eu envie de prendre contact avec Olivier Duhamel. Je me présentai à lui et lui fit part de mon désir de le rencontrer. Il m'apparut assez froid. Il m'offrit de lui écrire à Sciences Po. Je n'ai jamais eu de réponse.

Lorsque j'ai appris récemment les différentes péripéties de ce que l'on appelle désormais l'Affaire Duhamel, je ne fus pas étonné. Non que je connusse le moindre détail sur sa vie personnelle, sa vie intime, mais je pensais que la passion du pouvoir qui était inscrite sur son visage, n'avait pas été satisfaite.

Cette affaire, tout à coup le mettait en pleine lumière. Sa photo d'ailleurs, occuppait une page entière du Figaro. Loin de moi l'idée qu'il aie commis "ces actes" dans le but de faire la une de l'actualité, mais à mon sens, c'est son inconscient qui avait agi.

Faute d'avoir été capable de suivre les difficiles méandres d'une ascension politique, il avait empreinté d'autres sentiers davantage scabreux.

En tous cas, il était célèbre, et c'est cela sans doute qu'il avait désiré. Le livre qui avait créé le scandale, celui de sa belle-fille avait peu d'importance.

Ce qui était important, c'est qu'il était, "aux nues, aux news".

Edouard Valdman - ancien élève de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris