vendredi 28 mars 2025

POUR BOUALEM SANSAL

Boualem Sansal, écrivain franco algérien, a comparu le 20 mars dernier devant le Tribunal correctionnel de El Dar Beida à Alger. Le procès fut expéditif. Il a duré moins d’une demie heure, et le procureur a requis une peine de 10 ans de prison ainsi qu’une amende de 1 million de dinars. L’écrivain était accusé d’atteinte à l’unité nationale, d’outrage à Corps constitués, et d’atteinte à l’économie nationale. 

L’authentique origine du conflit résidait dans une question de géopolitique, l’appartenance d’une partie du Sahara algérien au Maroc.

Son avocat français a vu son visa refusé. Il était soupçonné d’être juif !

Boualem Sansal décida de se défendre tout seul. Le même avocat dénonça un procès fantôme, tenu dans le plus grand secret, sans défense, le caractère arbitraire de cette procédure. Il saisit les organisations compétentes du Haut-Commissariat aux Nations Unies et déposa plainte contre l’Algérie.

Boualem Sansal avait été arrêté le 16 novembre à son arrivée à Alger, entendu par le Parquet anti-terroriste d’Alger, placé sous mandat de dépôt pour atteinte à la sureté de l’Etat.


J’ai rencontré par le plus grand des hasards Boualem Sansal, au Salon du Livre de Paris, l’été dernier. Nous avons sympathisé. Il m’a donné ses coordonnées et nous avons prévu de nous revoir après son retour d’Algérie, à l’automne. Il devait y partir incessamment.

Ce qui m’a attiré vers lui, c’est son visage où se lisaient la douceur et la grâce.

Je l’ai perdu de vue. Je ne lui ai pas écrit comme il était prévu et c’est son arrestation qui m’a ramené vers lui.


L’Algérie, je ne la connais qu’à travers deux hommes, un saint et un héros. Le premier, c’est le Père de Foucault, officier de cavalerie, explorateur au Maroc, grand mystique mort à Tamanrasset en Algérie dans le Hoggar, un saint qui aimait très profondément l’Algérie, et lui a fait le sacrifice de sa vie. 

Le second, c’est Albert Camus. Je l’ai lu très jeune, à vingt ans, il a marqué ma vie au fer rouge.

C’est une amie de l’université, Ania, qui m’en a parlé pour la première fois. « Noces », « L’étranger », « Caligula », « La peste », tous ses livres m’ont conquis.

Ania n’était pas sans doute pour rien dans cet amour.

Camus, je me suis mis à l’aimer d’une même passion.

Au-delà de son engagement pour l’art, pour la beauté, il y avait aussi la Justice. Camus se battait pour elle. A un moment où l’Algérie était encore une colonie, il dénonçait la misère de la Kabylie et préconisait des réformes. Il travaillait dans le journalisme, à Alger et dès alors, proposait des changements qui allaient dans le sens d’une plus grande autonomie.

C’était le temps des massacres de Sétif. Les populations algériennes, ayant servi dans les rangs de l’armée française durant la dernière guerre, demandaient à ce titre un nouveau statut, une plus grande dignité.

A Sétif, en 1954, en ce qui concerne ces exigences, on leur répondit par un massacre. On ne sait toujours pas combien il y eut de victimes, 8 000, 10 000, sans doute davantage.

En tout cas, c’est à ce moment-là que fut créé le FLN et que débutèrent les premiers attentats.

Camus était un Juste. Immédiatement, il préconisa des réformes et un statut spécifique pour l’Algérie qui reconnaitrait à ses habitants à la fois une plus grande dignité et des droits politiques nouveaux.

Malgré quelques exceptions, il se heurta toujours à l’intransigeance des colons.

« Un bon colon est un colon mort ! ». Cette phrase de Sartre situe le débat tel qu’il fut posé dès lors. Les extrémistes de tous bords, colons, indépendantistes, entrèrent dans l’engrenage de la violence.

Au milieu de ce remue-ménage Camus, tout en continuant à dénoncer, garda son calme. Il avait de tout temps refusé la violence.

C’est de ce moment, sans doute, que date la phrase fameuse qui répond à celle de Sartre « Entre ma mère et la justice, je choisis ma mère ».

Il répondait par la même à l’autre phrase de Simone de Beauvoir « Camus refuse de faire le pas dans l’Histoire », à propos de « L’homme révolté », sans doute le plus grand livre d’Albert Camus. Il démystifiait précisément ce qu’on appelle l’Histoire, c’est-à-dire les crimes staliniens, ceux de la bien-pensance.

C’est à ce moment-là que l’on peut dire que Camus les eut tous sur le dos. Il était l’homme à abattre puisqu’il choisissait la paix contre le terrorisme.

Il avait vu dès alors dans quelle direction les nouveaux maîtres entrainaient l’Algérie, vers une autocratie dans la ligne directe du marxisme.

Quand de Gaulle arriva au pouvoir en 1958, c’était fini. La guerre avait été gagnée par la France mais le FLN était incontournable, c’est-à-dire la dictature.

Les accords d’Evian consacrèrent la fin de l’Algérie française et le départ de millions de français d’Algérie sans oublier l’horrible massacre des Harkis que la France a très lâchement abandonnés.

C’est à ce moment que l’intelligencia française, à part quelques exceptions comme Camus ou Aron, s’est déshonorée.

Sartre en est l’exemple le plus vil.


C’est aussi à ce moment que sur la route de Lourmarin, village de Provence, désormais lieu de pèlerinage, Camus trouva la mort aux côtés de Michel Gallimard.

Lourmarin je l’ai connu plus tard et j’ai découvert un lieu magique, cher au cœur d’Albert Camus qui dort là sous les romarins.


Quand on voit ce que les algériens ont fait de leur pays, c’est d’abord un sentiment de honte qui vous prend, de trahison face aux idéaux pour lesquels un homme comme Camus s’est battu.

En ce qui concerne ceux qui aujourd’hui prétendent que nous avons commis des crimes contre l’humanité, il conviendrait de leur rappeler que lorsque l’Emir Abdelkader est parti en exil après sa défaite, il emmenait une « smala » composée avant tout d’esclaves. 

Telle était la conception de la nouvelle Algérie.

Il ne semble pas qu’elle ait évolué.


Et certes l’Algérie a été colonisée, et beaucoup d’injustices ont été commises de la part des colons, mais l’œuvre des français en Algérie a été grandiose et c’est d’abord le christianisme que la France lui a apporté, une religion de l’amour et une certaine conception de la liberté, face à l’islam totalitaire.

Quelle est cette liberté pour laquelle le FLN prétend s’être battu ?

Chaque révolte en Algérie depuis le départ des colons a été noyée dans le sang, toute tentative de progrès social.


Il n’est pas impossible qu’étant donné les nombreux contentieux qui se déploient entre l’Algérie et le France, en particulier son refus de reprendre les condamnés algériens sur le sol français, le pouvoir algérien souhaite réduire les tensions et qu’une condamnation plus légère soit requise contre Boualem Sansal et peut-être même une grâce.

Une grâce pour une infraction qui n’existe pas, ce serait dans une certaine mesure quelque chose de plus scandaleux qu’un gouvernement français, digne de ce nom ne pourrait tolérer.

Il est à craindre que ce dernier ne sombre dans l’abjection, comme il l’a fait, quand il a dénoncé la colonisation française comme un crime contre l’humanité.


Le 28 mars 2025, Boualem Sansal vient d’être condamné à cinq années de prison.



Edouard VALDMAN

lundi 24 mars 2025

LE RETOUR DU TRAGIQUE

C’est à la suite de deux guerres mondiales que les Etats-Unis ont réussi à s’implanter en Europe.

La grande crise de 1929 a sonné l’heure de son effondrement. Hitler a été le plus pur produit de celle-ci. 

Ultérieurement, les Etats-Unis sont devenus la première puissance impériale du monde.

Ils semblent avoir avec l’Europe une relation privilégiée. Celle-ci, il est vrai, est à leur origine. Cela n’enlève rien à leur manière d’agir. Encore récemment on a vu comment le Président Joe Biden a volé aux français l’affaire australienne. Il ne se s’est même pas excusé.

En fait, les Etats-Unis regardent le monde comme un supermarché avec l’ambition d’y faire les affaires les plus rentables.

La France et l’Allemagne gardent une autonomie de façade mais on y parle anglais, on y mange américain et on est friand des films d’Hollywood.

Les artistes français contemporains ont une valeur moitié moindre que les artistes américains à part peut-être Picasso, Nicolas de Staël et Matisse, qui se sont imposés en Amérique avant la deuxième guerre mondiale.


En ce qui concerne la Russie, les Etats-Unis après l’effondrement du marxisme, croyaient la partie définitivement close. Ils l’ont traitée avec beaucoup de désinvolture et même un certain mépris.

On baignait dans la mondialisation, une prophétie pervertie dans laquelle se dissolvaient les différentes identités, tout cela sous couvert de progrès et de démocratie. Le monde avait triomphé du mal. Fukuyama criait victoire.

Tout à coup Poutine surgit comme un authentique cataclysme.

Après avoir subi de nombreuses humiliations, il ne souhaite pas que son pays devienne une colonie américaine. Or, sous le vocable de la liberté, l’Ukraine et autre partie de l’empire traditionnel russe ont fait joujou avec lui, en flirtant avec les Etats-Unis.

La Russie immémoriale, peut-elle se permettre de perdre l’Ukraine, et autres peuples slaves ?

Envisage-t-elle de disparaitre et d’installer à Kiev, son ancienne capitale spirituelle, un Mc Donald, ou autre emblème du marché américain ?

Tel est le problème qui se pose aujourd’hui.


Les Etats-Unis et l’Europe se meuvent dans un contexte, judéo chrétien. Au-delà de leur violence, ils se situent encore dans un monde gouverné par Dieu « In Good we trust ». Même si la guerre triomphe, elle le fait au nom des « Droits de l’Homme ».

Avec Poutine, c’est le retour de la toute-puissance de ce dernier, de l’au-delà du bien et du mal.

La Russie fait ressurgir le Tragique au sens grec du terme, c’est-à-dire l’Homme Dieu, la volonté de puissance, le culte du héros.

C’est Nietzsche contre la Bible. 


Cependant l’Europe a fait erreur en s’engageant trop rapidement dans une confrontation avec la Russie. Il convenait quelle fut un intermédiaire, un lieu d’échanges et de solutions à ce conflit.

Il eut fallu qu’elle jouat son rôle d’ordre civilisationnel. 

D’Athènes au christianisme, l’Europe est un espace métaphysique. C’est cette dimension qui peut lui permettre de s’élever au-dessus des nations qui la composent et de devenir un lieu de conciliation. C’est celle-ci qui peut l’autoriser à tenir la guerre à distance et de maintenir entre les Russes et les Ukrainiens, une passerelle d’un ordre autre.

C’est cette défaillance, qui aujourd’hui engage la Communauté européenne dans une très dangereuse confrontation. 


Les sociétés, nations et civilisations vivent et meurent à l’intérieur d’une Histoire qui repose elle-même sur des structures stables.

La Grande Bretagne par exemple, n’a pas eu le même destin que la France, qui n’a pas connu celui de l’Espagne, qui n’a pas connu le même que la Suède. Ainsi des Etats-Unis eux-mêmes issus de l’émigration des colons européens huguenots. Bien que séparés de la mère patrie, ils sont demeurés des anglo-saxons « In Good we trust ».

Les russes appartiennent à un autre ordre. Ce sont des slaves. Leur Histoire est autre. Elle est constituée avant tout par la lutte contre les tartares et les mongols.

On voit bien aujourd’hui qu’au-delà de la Révolution marxiste ils sont demeurés très attachés à une certaine forme d’autorité.

Les chinois à leur tour qui ont vécu durant 2000 ans dans l’Empire du Milieu, subissent une idéologie marxiste. Ils demeurent impénétrables. Bien que faisant partie du Conseil de sécurité des Nations Unies, ils sont étrangers à l’idéologie occidentale.


Dans un livre publié en 2017 « Le IIIème Temple », j’ai tenté de montrer que l’équilibre en Occident devait être trouvé dans l’union de trois puissances, le bloc américain d’abord, le bloc européen ensuite, le bloc russe enfin.

Ce dernier bloc est d’autant plus important que la Chine tente de le séduire et de l’attirer hors de l’Occident. Or ce bloc est partie de notre Histoire. Le Général de Gaulle disait, « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ! ».

Nous avons baigné dans la culture russe. Nous avons été imprégnés par sa littérature, que ce soit Tolstoï, Tourgueniev, Dostoïevski, les Ballets Russes et Diaghilev ou le musée de l’Hermitage. 


Après l’effondrement de l’URSS, Poutine a cherché à reconstruire la Russie. On ne l’a pas aidé. Pourtant, décision notoire, il a réintroduit l’Eglise orthodoxe dans le monde russe, église qui avait été chassée par les soviets.

Ce changement était spectaculaire. Il était un signe. Poutine a été contraint de se tourner vers la Chine.

Les bonnes âmes longtemps favorables à l’Union Soviétique voyaient bien que cela ne marchait pas mais personne ne s’attendait à ce qu’elle s’effondre aussi rapidement. Ce fut vraiment le dégel, comme un monde qui soudain s’écroulait, une montagne qui s’affaissait. L’univers du matérialisme historique avait duré cinquante ans, moins que ne l’avaient espéré les tenants de l’orthodoxie marxiste, que ce soient Althusser, Sartre ou Aragon, tous ceux qui imaginaient la pensée marxiste incontournable, en fait la majorité des intellectuels français. 

Et voilà qu’un homme reconstruit l’Empire. On espérait qu’il demeurerait dans les ruines. C’était l’intérêt de l’Occident et des Américains en particulier. Poutine rebâtit la Russie. Bien plus, il y intègre le religieux, l’orthodoxie, à la grande surprise des Occidentaux et surtout à la face des tenants de la laïcité. Quoi qu’il en soit, l’Occident engage immédiatement les hostilités au lieu de se concilier Poutine, européen, chef d’une communauté, qui fut notre alliée lors de la dernière guerre mondiale. On l’isole et on l’oblige à se tourner vers la Chine ou d’autres pays du Tiers Monde. Manœuvre diplomatique erronée et absurde des États-Unis et de la France.


Dans la cathédrale Notre Dame récemment à Paris des Femen, se sont livrées à la violation de l’espace sacré. Il n’y eut aucune poursuite. Au contraire elles se sont retrouvées en effigie sur les nouveaux timbres : elles figurent désormais Marianne.

Vladimir Poutine a été confronté récemment au même problème. Les Pussy riots ont violé l’espace sacré d’une église russe. Elles ont fini en prison et ont été condamnées. En Tchétchénie, Poutine s’est montré inflexible. Il a fait la guerre au terrorisme. Ce pays risquait de faire sécession profitant de la faiblesse de la Russie renaissante. Les bonnes âmes se sont émues et comme nécessairement il a été traité d’assassin par des intellectuels français, anciens membres de la Gauche prolétarienne. 


Poutine tente de refonder la Russie sur ses valeurs immémoriales. Les jeux olympiques de Sotchi ont été pour lui une exceptionnelle opportunité, lui permettant de faire connaitre au monde sa volonté de rebâtir son pays. Le spectacle qu’il a donné, particulièrement somptueux, à l’occasion de ces jeux, a accru son influence dans le monde, et attiré en même temps l’envie. Il a par-là même annoncé le retour de la Russie sur l’échiquier mondial, en exposant à côté du sport les valeurs russes, la danse, la musique, la grande littérature.

Le fait de dévoiler au monde le visage de Soljenitsyne aux côtés de celui de Dostoïevski et de Tolstoï a été un très grand moment de télévision mondiale, et surtout un signe très important de la volonté de bâtir désormais une Russie plus tolérante.

Le succès russe aux jeux de Sotchi en ont été un autre.

Mais à qui ferait-on croire que Kiev, la capitale religieuse de la Russie bien avant Moscou, puisse devenir une ville européenne ? Que l’Amérique, à cette occasion, évoque la démocratie, cela fait rire le monde qu’elle met par ailleurs sur écoute. Quand elle entre en Irak et détruit cette nation malgré les réticences de l’ONU, sans doute est-ce aussi cela la démocratie ! Il est à espérer que l’Ukraine se choisisse un gouvernement de son choix. Comme tous les peuples elle a le droit à la liberté mais l’Europe aurait tort de se joindre aux apprentis sorciers.

L’Amérique est en train de se dissoudre dans une globalisation qu’elle prétendait dominer jusqu’à ce jour. Elle tend à abolir les frontières entre les Nations, au profit des multinationales dont elle risque d’être prochainement la victime.

La Russie peut-être demain notre rempart contre une Chine trop puissante. En tout état de cause elle est un élément fondamental de l’équilibre mondial.


Les États-Unis se pensent toujours comme les dirigeants d’un monde unilatéral révolu. L’Europe laisse apparaître ses divisions. L’Allemagne et la Grande-Bretagne font bande à part.

En Ukraine, les partis sont eux-mêmes divisés entre les pro-européens et les pro-russes. Querelle stérile ! La solution : que l’Ukraine choisisse librement son destin, sans intervention aucune. Kiev demeure la capitale spirituelle de la Russie.

Les points essentiels de cette affaire : les équivoques de l’Europe en mal de formation, les provocations absurdes de l’Amérique, la volonté de Vladimir Poutine de reconstruire la Russie éternelle dont la puissance est indispensable à l’équilibre mondial.

La vérité incontournable est que l’Europe a besoin de la Russie. La solution : que l’Ukraine choisisse librement son destin, sans intervention aucune. On ne peut douter qu’elle vote pour une certaine autonomie dans le cadre d’une union privilégiée avec la Russie. Son intérêt n’est en aucun cas dans une partition. Kiev demeure la capitale spirituelle de la Russie.


La démocratie est incontestablement aujourd’hui en péril, et la société en décadence. Ce n’est plus le peuple qui vote et qui choisit ses représentants, ce sont les propriétaires des médias qui manipulent l’opinion.

Face à ces puissances considérables, que représente désormais la liberté ? Elle est un vain mot, comme le Livre. Ce dernier était référence au Livre sacré, notre ultime recours contre le Mal. Il suggérait un espace absolu.

Comment par ailleurs reconstruire une civilisation s’ il n’y a plus de valeur suprême ? L’intelligence est devenue artificielle. C’est le règne de la masse.

Le monde est désormais numérique. L’homme communique dans l’éphémère. Il n’y a plus d’authentique intériorité ni de questionnement.


Plus avant, les évènements actuels posent un problème essentiellement religieux. 

Le Retour d’Israël pouvait laisser présager au moins pour ceux qui ont une lien spirituel avec la Loi et avec le Père, un monde davantage pacifié.

Il n’en est rien.

Le problème qui est posé à travers ce conflit, c’est celui du mal dans le monde.

Ce n’est pas la politique qui peut le résoudre. Elle ne peut même pas l’aborder. Il appartient à une autre dimension de la conscience humaine. Le conflit en Ukraine renvoie directement au problème de la transcendance et à la relation que l’on peut entretenir avec elle.

Nous sommes confrontés à un nouvel échec de l’Homme.

Il est intéressant de constater que toutes les sociétés qui avaient l’ambition de révolutionner le monde à travers le matérialisme historique n’ont fait que l’entraîner vers davantage d’horreur.

On est irrémédiablement ramené à une des plus belles pages de Dostoïevski dans « Karamazov », lorsque le père et les fils se rendent au monastère et s’accusent les uns les autres “Mettez-vous à genoux !”. Telle est l’injonction du moine.

Il faut que l’Ukraine, sans renoncer à son indépendance et à sa liberté, trouve sa place à l’intérieur d’un grand ensemble slave.

Je n’irais pas jusqu’à dire, comme Mme Soljenitsyne, que l’Ukraine appartient à la Russie, mais qu’elle possède avec elle un passé commun et que leur avenir doit se rencontrer.

Seule l’Ukraine peut faire la paix avec la Russie. Seule la Russie peut faire la paix avec l’Ukraine.

Cette paix les concerne seuls. Personne ne doit s’en mêler.


La Russie est surtout nécessaire à l’Occident face à la Chine. Elle a toujours été un rempart contre les invasions mongoles.


Cependant, que ce soient les Tsars ou les communistes, en Russie, depuis l’origine, tout est basé sur le totalitarisme. Il n’y a pas de références civilisationnelles.

Celles-ci sont uniquement européennes et bien davantage, françaises. C’est Catherine II et Voltaire, Pierre le Grand et sa fascination pour Versailles.

En fait, le destin de la Russie est de réintégrer la civilisation occidentale dont elle est partie au-delà des malentendus civilisationnels.

De leur côté, les Etats-Unis et l’Europe doivent insister sur la part prophétique à l’intérieur de leur culture au-delà de celle purement pragmatique en relation avec l’idéologie protestante. 


Du tragique au prophétique


Pour que la Civilisation puisse perdurer, il faut qu’il existe à l’intérieur de celle-ci un équilibre entre la dimension tragique et la dimension prophétique.

La dimension tragique, c’est aussi le sens de la mort, celui de l’héroïsme, celle de la Grèce et de la beauté, c’est la dimension Nietzschéenne, celle de l’Homme Dieu.

C’est cette dernière qui faisait défaut en Allemagne au moment de l’avènement d’Hitler.

L’intellectualisme était poussé à son comble dans la République de Weimar avec Freud, Zweig, Thomas Man.

Le judaïsme occupait tout le terrain. L’équilibre entre le Tragique et le Prophétique avait été perdu.

Le retour du Tragique s’est effectué à travers l’horreur. Cependant elle a mené à la résurrection d’Israël. 


Nous sommes actuellement dans une société protestante. Cette dernière doit s’allier aux juifs pour rétablir une dimension prophétique, au sens le plus élevé du terme.

Le monde anglo-saxon doit se ressourcer à ses origines bibliques. La dimension prophétique s’est changée en marché. C’est le triomphe de l’utilitarisme.

Face à Poutine, le monde occidental doit reprendre son vrai visage. Athènes, Rome, Jérusalem : la Beauté, le Droit et le Royaume.

Aujourd’hui il faut rétablir la dimension prophétique au sens le plus spirituel du terme.

La civilisation occidentale est basée sur cette perspective biblique, la poursuite du Royaume. La religion orthodoxe comme la religion catholique sont davantage nationalistes et proches des rites. 

C’est la prédominance des icônes.

La religion juive s’intéresse d’abord à la poursuite du Royaume de Dieu.



LE RETOUR DU TRAGIQUE (SUITE ET FIN)


Le vrai problème réside en ceci : le monde russe possède son histoire propre, le monde américain également.

L’un appartient à la tradition orthodoxe et l’autre à l’ordre de la prophétie au sens judaïque du terme.

Les USA sont des démocrates. La Russie est un monde autoritaire.

Dans quelle mesure Donald Trump pourra-t-il s’entendre avec Poutine étant donné que leur langage est autre ? L’un appartient au marchandage, au « bargain », l’autre à la dimension tragique de l’Histoire.

Il n’est pas certain d’ailleurs, que Poutine apprécie son alliance avec la Chine, ni celle avec l’Iran. Ce ne sont pas ses relations traditionnelles. 

L’essentiel serait qu’au-delà des divisions, la Russie et l’Occident s’unissent car ils appartiennent à une même Histoire, à une même civilisation.

La réunion actuelle entre la Chine, la Russie et l’Iran est contre nature.

La Russie est un grand peuple avec ses traditions, son histoire puissante. C’est la grande Catherine qui converse avec Voltaire. C’est Pierre Le Grand, fasciné par Versailles.

Il faut s’élever, en tout état de cause, au-dessus de la violence pour reconnaitre les racines communes et revenir aux sources de la Grande Histoire.

Poutine est un dictateur, certes, mais l’Amérique quand elle envahit l’Irak sans autorisation de l’ONU, ne vaut guère mieux.

Le seul lien qui peut fonder une vraie réconciliation c’est celui de la Culture : revenir aux origines du christianisme, à celles du judaïsme.

La civilisation Chinoise ou Perse sont étrangères au monde russe. L’Europe, l’Amérique et la Russie appartiennent à un même univers.


Le véritable échec de l’Europe réside en ce qu’elle a renoncé à ses racines spirituelles, et d’abord au christianisme. C’est pourquoi si elle veut retrouver sa puissance, il lui faudra redécouvrir les fondements seuls qui peuvent lui donner une âme.

Ceux-ci ne peuvent être que spirituels.


Ce qui va être sans doute le plus délicat dans la future négociation est le fait que Poutine est devenu le leader du monde prolétaire. Dans son conflit avec l’Ukraine, il a repris le modèle du monde stalinien.

Comment va-t-il composer avec ces différents univers ?

En Europe, nombreux sont les va-t’en guerre qui ne souhaitent pas qu’un accord intervienne entre l’Ukraine et Poutine. Ils souhaitent séparer l’Ukraine du monde slave.

Là est le danger le plus grave.

La paix n’interviendra que si l’Ukraine accepte son ancrage dans le monde slave. Qu’elle préserve son autonomie, certes, mais à l’intérieur de son propre univers.


Edouard VALDMAN



lundi 10 mars 2025

Pourquoi Donald Trump a été une première fois élu ?

On a dit un peu vite que les Etats-Unis avaient souhaité s’offrir une femme comme Présidente, en l’occurrence Hillary Clinton, après un Afro-Américain. En fait, ce qui s’est joué là est un vieux réflexe civilisationnel. Les Etats-Unis sont les leaders d’une civilisation judéo-chrétienne dont le symbole est le Père, lui-même fondateur de la Loi, celle-ci édictée par Dieu. Le peuple, l’opinion ont besoin de cette symbolique. Elle est leur signe de reconnaissance. Penser que celle-ci puisse s’abolir au profit d’une quelconque « féminitude » est utopique. Par ailleurs, Donald Trump représente le Père dans toute sa splendeur. Les Trump towers achèvent le symbole sexuel. 

Les femmes comme les hommes ont finalement cédé à ce dernier davantage qu’aux sirènes d’Hillary, d’autant plus que celle-ci a commis des erreurs graves, en particulier celle de promener comme un petit chien son mari à la mine pitoyable. 

La femme victorieuse de l’homme, qu’elle a terrassé : très peu pour les Américains. 


La vraie crise de la Civilisation, réside dans l’abandon par les hommes de la Loi du Père, la plupart du temps, sous l’influence de penseurs juifs, tels Marx, Freud, Derrida. Dans le contexte de la société de leurs temps, ils ne pouvaient assumer leur identité et en conséquence, imaginaient des mondes dont le moteur était un égalitarisme pervers, que ce soient le matérialisme historique, la psychanalyse ou la déconstruction. Ces univers sont tous fondés sur l’abolition du Père, à savoir le Dieu juif. 

Les révolutionnaires de 1789 l’avaient déjà réalisé à travers Rousseau. 

Lorsque cette Loi du Père n’est pas respectée, se produisent des déviances qui peuvent engendrer le pire. C’est ce qui s’est passé avec le phénomène hitlérien. L’espace tragique européen, issu de la Grèce, était attaqué de plein fouet par le marxisme, lui-même une perversion de la Loi juive. 

C’est la Civilisation judéo-chrétienne qui est mise en cause par les héritiers de ces précurseurs. C’est pourquoi la tâche aujourd’hui, au-delà de ces derniers, est de reconstruire du Père, du Sens, de la symbolique. Ce que nous cherchons, au plus profond de notre inconscient, c’est de retrouver une identité qui nous permette d’exister. Cette identité, c’est la rencontre avec l’autre, ouverte sur l’infini. 

C’est pourquoi on ne peut comprendre le combat acharné des femmes aujourd’hui, sans le situer dans la perspective d’une reconstruction globale de la société. Celles-ci ne s’insurgent que parce que les hommes, en particulier depuis la Révolution française, ont perdu le lien avec la transcendance. C’est d’abord ce lien qu’il s’agit de recréer. 


Entre les deux fêtes qui célèbrent autrement la vie américaine et la vie française, le Thanksgiving Day et la prise de la Bastille, il est un élément de différence fondamentale. Le Thanksgiving Day célèbre l’arrivée des pèlerins en Nouvelle-Angleterre. Il est une fête religieuse. Ceux-ci étaient des huguenots qui quittaient le sol de leur patrie pour raisons politiques. On les en chassait.

Louis XIV avait déclaré la religion catholique seule religion d’Etat. Pour ceux qui n’acquiesçaient pas, il restait les dragonnades. Louis XIV a été avant la Révolution de 1789 le meilleur exemple de l’intolérance française, qui se prolonge jusqu’à nos jours à travers la laïcité.

C’est donc la liberté religieuse que les pèlerins sont venus quérir en Amérique, au péril de leur vie, après avoir abandonné leurs biens. C’est cette exclusion que les pèlerins ont d’abord rencontrée. C’est pourquoi hier comme aujourd’hui, ils remercient Dieu de leur avoir permis de survivre et de faire leur vie en Amérique. Il faut le répéter : c’est sur la base d’une dimension religieuse que la vie politique américaine est fondée.

En France, il n’en va pas de même. Le premier acte de la Révolution que les Français fêtent tous les ans le 14 juillet, est un acte de violence : la prise de la Bastille. C’est aussi un acte d’athéisme, On coupe la tête du gouverneur de la Bastille et on la place au bout d’une pique. On fait de même avec la meilleure amie de la reine, la princesse de Lamballe. Bientôt, on assassine le roi et par ce parricide, on voudra attenter à Dieu et à toute sacralité. La Révolution est d’abord un attentat contre la religion. On s’affranchit d’elle en fondant un homme sans Dieu. 

Kant est le vrai précurseur de ce monde de la Raison, face à la Révélation.

On voit ici comment les actes symboliques des deux identités sont  différents. L’un est un acte de gratitude envers Dieu, l’autre une révolte contre lui. Cela entraîne des conséquences décisives quant à la vie des deux sociétés.

Dans l’une, il existe un lien entre les citoyens. Chaque année par exemple, les sénateurs de droite comme de gauche, les républicains et les démocrates, se réunissent au Capitole autour de leur foi commune, qui les contraint d’une certaine manière à se respecter. Le Président prête serment sur la Bible. En France, ce qui lie les citoyens, c’est une absence, celle de Dieu. 

Actuellement, la laïcité souhaiterait constituer le nouveau trait d’union. Elle est en fait un nouveau déni. On pratique sa foi dans l’intimité, si on en a encore une, mais surtout, on n’en parle pas. En fait, et comme conséquence à cela, on ne parle plus de rien. C’est pourquoi en France, tout se passe en sourdine. On ne peut pas dire les choses. On dissimule. C’est le règne au lieu du double langage.


La question de l’immigration et la manière dont chaque candidat l’aborde, est sans doute la plus importante et la plus décisive. 

Hillary Clinton, dans le prolongement de l’action d’Obama, se montrait susceptible d'accorder la nationalité américaine à de nombreux immigrés entrés aux Etats-Unis en fraude, faisant sans doute le calcul qu’ils voteront pour les Démocrates aux prochaines élections. Il s’agit à la fois d’une stratégie politique et d’une tradition de ce parti, généreuse. C’est la grande Amérique, capable par sa puissance même d’accueillir tout un chacun. 

La position de Trump est différente. Il pense que l’immigration incontrôlée est à la source du terrorisme. Bien plus, les immigrés pense-t-il, vont submerger les premiers arrivants, les fondateurs de l’Amérique, les WASP, les blancs, et faire de l’Amérique, au-delà du melting pot, une nation sans centre, sans direction, une nation métissée. 

Cette position risque de rencontrer beaucoup d’adeptes, qui sans le dire tout haut, le pensent tout bas.

Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, le problème se pose d’une manière assez similaire. Trump le dit d’une façon abrupte, violente, mais c’est cette violence-même qui donne à son propos une audience importante. 


Les pays occidentaux voudront-ils demeurer judéo-chrétiens ou sombrer sous l’afflux des immigrés, qui un jour ou l’autre, risquent de les absorber, comme le firent jadis les Barbares avec l’Empire Romain ? 

Trump ne prêche pas pour un recroquevillement de l’Amérique sur elle-même mais au contraire pour une reprise en compte de ses racines afin de pouvoir intégrer davantage et se réaliser plus loin.

Les Démocrates sont davantage tentés par la globalisation, une sorte de culture mondiale, qui supprimerait les trop grandes disparités, et en même temps, réduirait les spécificités, les identités, les singularités, les cultures. 

Il est possible que la mondialisation ait élevé le niveau de vie des populations sous-développées, qu’aient pu leur être distribués d’avantage d’aliments, mais à quel prix : celui de la destruction de leur culture, comme celui de la nôtre. Nos églises se vident, mais pas au profit de plus vastes croyances, à celui du temple des Temps Modernes, celui de la consommation, le super U.

Aujourd’hui la plupart des emplois aux Etats-Unis ont été exportés en Chine, où la main-d’œuvre est meilleur marché. Ceci enlève aux Etats-Unis leur énergie, leur goût d’entreprendre et de travailler, les réduit à la pure spéculation. Ils sont séparés du faire, ce qui rend la société plus abstraite, plus virtuelle. Trump dénonce cet état de chose. 


En fait, l’avenir qui s’annonce risque d’être problématique.

Les Etats-Unis se fondent de plus en plus dans une indifférenciation générale, servie par des théories intellectuelles, dont la France est partie prenante : la Déconstruction, ou le Genre.

Le noyau dur WASP qui a fait les Etats-Unis se dissout peu à peu dans une mondialisation, qui mène progressivement à une authentique perte d’identité. 

On ne sait plus qui l’ont est : femme ou homme, noir ou blanc, homosexuel ou hétérosexuel. L’angoisse vous saisit. 

C’est le moment en général où des réactions violentes se produisent. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé sous la République de Weimar avant l’avènement d’Hitler. Il existait de profonds conflits d'identité. 

Si l’Amérique veut demeurer elle-même, elle ne peut laisser pénétrer chez elle n’importe qui sous n’importe quel prétexte. Elle doit se redéfinir autour d’un noyau dur : celui qui a constitué son fondement d’origine.

Dans le cas contraire, elle deviendrait une nation ouverte à tous les vents, dont les ennemis se partageraient très vite les dépouilles. 

Le problème se pose de la même manière en Europe : si celle-ci veut demeurer également elle-même, elle doit définir les limites au-delà desquelles elle peut accueillir des minorités, sous peine de perdre son identité.

Il faut redresser la machine afin qu’elle reprenne sa vocation première. Si elle veut continuer à intégrer des peuples nombreux et divers, elle doit redéfinir ses principes de base. Pour être universel, il faut d’abord préciser ses fondements, son enracinement. 

C’est à cette tâche que doivent désormais se consacrer à la fois l’Europe et les Etats-Unis. 


La grande tentation pour l’Amérique aujourd’hui et pour l’Occident tout entier est de penser et de croire qu’ils peuvent accueillir tout un chacun et devenir un tissu de peuples, de races et de couleurs de cultures différentes, autour d’une loi vaguement définie, autour d'une quelconque écologie ou théorie climatique. 

Si l’Empire Romain a pu gouverner le monde comme nous l’avons fait nous-même, car nous ne constituons jamais que son prolongement, c’est parce qu’à l’intérieur de la Romanité et de l'Occident se déployait un noyau dur qui les constituait. Nous sommes des judéo-chrétiens. Cette affirmation s’est poursuivie au-delà de la fin de l’Empire Romain, à travers Byzance. 

Charlemagne a pris la suite en devenant Empereur chrétien d’Occident. C’est le Christianisme qui après la Romanité a pris la relève et est devenu le nouveau noyau dur de l’Empire. Nous sommes toujours dans cette mouvance. 

Les Etats-Unis et nous-mêmes en sont les héritiers. C’est aujourd’hui la religion protestante qui est leur fondement, en même temps que les Lumières. Ils ne peuvent continuer leur course que s’ils sont capables d’affirmer leurs valeurs d’origine, contre toutes les tentations de l’indifférenciation. 


La France est un pays castré, et on voit mal désormais comment elle pourrait revenir à ses racines spirituelles, arrachées au moment de la Révolution. Les Juifs eux-mêmes y sont laïcs. Ils risquent d’oublier leur identité au profit d’une laïcité qui est en fait l’abandon de leur spiritualité. 

C’est pourquoi le dialogue Etats-Unis-France est difficile, malgré le fait que ce soit la France monarchique qui ait aidé les Etats-Unis à se constituer, et que Louis XVI sans doute ait été le premier et véritable ami des Etats-Unis.

Tels sont les paradoxes de l’Histoire : c’est un Roi qui aide une colonie anglaise à conquérir sa liberté et une République ensuite qui appelle par deux fois à l’aide cette même colonie libérée, devenue les Etats-Unis. En tout cas, la relation amour-haine que les Etats-Unis et la France entretiennent depuis toujours repose essentiellement sur la différence de leurs fondements. Les uns sont protestants, les autres catholiques, puis athées. 


Avoir tenté de faire des femmes les alliées nécessaires d’Hillary Clinton était prématuré. Beaucoup ont dû voter pour le mâle, le Père, le Président dont elles ont besoin pour se positionner, à partir de leurs propres structures familiales, pour s’identifier.


Nous avons vécu plusieurs décennies enveloppés dans des idéologies mortifères, toutes plus ou moins issues de Jean-Jacques Rousseau, avec comme unique horizon, l’égalitarisme. Il s’agissait que le plus grand, le plus fort, s’aligne sur le plus faible, que tous deviennent l’égal de l’autre. Il ne fallait pas que la masse s’élève, mais qu’elle se réduise au contraire, que tous deviennent des prolétaires. On en revient à la célèbre parole de Trotski : « Si le soleil ne doit briller que pour la bourgeoisie, nous éteindrons le soleil ! »

Aujourd’hui, tous sont invités à devenir riches, après l’élection de Trump et de toutes les contraintes. Tous sont invités à élever des tours vers le ciel, à devenir des entrepreneurs de leur propre vie. Donald Trump s’est réalisé à travers sa propre entreprise. Telle est au fond la grande Révolution Libérale, qui n’a jamais eu lieu, jusqu’à aujourd’hui. Au lieu de faire de tous les hommes des esclaves du travail, les libérer de celui-ci, de manière à ce qu’ils deviennent tous des créateurs.