lundi 10 mars 2025

Pourquoi Donald Trump a été une première fois élu ?

On a dit un peu vite que les Etats-Unis avaient souhaité s’offrir une femme comme Présidente, en l’occurrence Hillary Clinton, après un Afro-Américain. En fait, ce qui s’est joué là est un vieux réflexe civilisationnel. Les Etats-Unis sont les leaders d’une civilisation judéo-chrétienne dont le symbole est le Père, lui-même fondateur de la Loi, celle-ci édictée par Dieu. Le peuple, l’opinion ont besoin de cette symbolique. Elle est leur signe de reconnaissance. Penser que celle-ci puisse s’abolir au profit d’une quelconque « féminitude » est utopique. Par ailleurs, Donald Trump représente le Père dans toute sa splendeur. Les Trump towers achèvent le symbole sexuel. 

Les femmes comme les hommes ont finalement cédé à ce dernier davantage qu’aux sirènes d’Hillary, d’autant plus que celle-ci a commis des erreurs graves, en particulier celle de promener comme un petit chien son mari à la mine pitoyable. 

La femme victorieuse de l’homme, qu’elle a terrassé : très peu pour les Américains. 


La vraie crise de la Civilisation, réside dans l’abandon par les hommes de la Loi du Père, la plupart du temps, sous l’influence de penseurs juifs, tels Marx, Freud, Derrida. Dans le contexte de la société de leurs temps, ils ne pouvaient assumer leur identité et en conséquence, imaginaient des mondes dont le moteur était un égalitarisme pervers, que ce soient le matérialisme historique, la psychanalyse ou la déconstruction. Ces univers sont tous fondés sur l’abolition du Père, à savoir le Dieu juif. 

Les révolutionnaires de 1789 l’avaient déjà réalisé à travers Rousseau. 

Lorsque cette Loi du Père n’est pas respectée, se produisent des déviances qui peuvent engendrer le pire. C’est ce qui s’est passé avec le phénomène hitlérien. L’espace tragique européen, issu de la Grèce, était attaqué de plein fouet par le marxisme, lui-même une perversion de la Loi juive. 

C’est la Civilisation judéo-chrétienne qui est mise en cause par les héritiers de ces précurseurs. C’est pourquoi la tâche aujourd’hui, au-delà de ces derniers, est de reconstruire du Père, du Sens, de la symbolique. Ce que nous cherchons, au plus profond de notre inconscient, c’est de retrouver une identité qui nous permette d’exister. Cette identité, c’est la rencontre avec l’autre, ouverte sur l’infini. 

C’est pourquoi on ne peut comprendre le combat acharné des femmes aujourd’hui, sans le situer dans la perspective d’une reconstruction globale de la société. Celles-ci ne s’insurgent que parce que les hommes, en particulier depuis la Révolution française, ont perdu le lien avec la transcendance. C’est d’abord ce lien qu’il s’agit de recréer. 


Entre les deux fêtes qui célèbrent autrement la vie américaine et la vie française, le Thanksgiving Day et la prise de la Bastille, il est un élément de différence fondamentale. Le Thanksgiving Day célèbre l’arrivée des pèlerins en Nouvelle-Angleterre. Il est une fête religieuse. Ceux-ci étaient des huguenots qui quittaient le sol de leur patrie pour raisons politiques. On les en chassait.

Louis XIV avait déclaré la religion catholique seule religion d’Etat. Pour ceux qui n’acquiesçaient pas, il restait les dragonnades. Louis XIV a été avant la Révolution de 1789 le meilleur exemple de l’intolérance française, qui se prolonge jusqu’à nos jours à travers la laïcité.

C’est donc la liberté religieuse que les pèlerins sont venus quérir en Amérique, au péril de leur vie, après avoir abandonné leurs biens. C’est cette exclusion que les pèlerins ont d’abord rencontrée. C’est pourquoi hier comme aujourd’hui, ils remercient Dieu de leur avoir permis de survivre et de faire leur vie en Amérique. Il faut le répéter : c’est sur la base d’une dimension religieuse que la vie politique américaine est fondée.

En France, il n’en va pas de même. Le premier acte de la Révolution que les Français fêtent tous les ans le 14 juillet, est un acte de violence : la prise de la Bastille. C’est aussi un acte d’athéisme, On coupe la tête du gouverneur de la Bastille et on la place au bout d’une pique. On fait de même avec la meilleure amie de la reine, la princesse de Lamballe. Bientôt, on assassine le roi et par ce parricide, on voudra attenter à Dieu et à toute sacralité. La Révolution est d’abord un attentat contre la religion. On s’affranchit d’elle en fondant un homme sans Dieu. 

Kant est le vrai précurseur de ce monde de la Raison, face à la Révélation.

On voit ici comment les actes symboliques des deux identités sont  différents. L’un est un acte de gratitude envers Dieu, l’autre une révolte contre lui. Cela entraîne des conséquences décisives quant à la vie des deux sociétés.

Dans l’une, il existe un lien entre les citoyens. Chaque année par exemple, les sénateurs de droite comme de gauche, les républicains et les démocrates, se réunissent au Capitole autour de leur foi commune, qui les contraint d’une certaine manière à se respecter. Le Président prête serment sur la Bible. En France, ce qui lie les citoyens, c’est une absence, celle de Dieu. 

Actuellement, la laïcité souhaiterait constituer le nouveau trait d’union. Elle est en fait un nouveau déni. On pratique sa foi dans l’intimité, si on en a encore une, mais surtout, on n’en parle pas. En fait, et comme conséquence à cela, on ne parle plus de rien. C’est pourquoi en France, tout se passe en sourdine. On ne peut pas dire les choses. On dissimule. C’est le règne au lieu du double langage.


La question de l’immigration et la manière dont chaque candidat l’aborde, est sans doute la plus importante et la plus décisive. 

Hillary Clinton, dans le prolongement de l’action d’Obama, se montrait susceptible d'accorder la nationalité américaine à de nombreux immigrés entrés aux Etats-Unis en fraude, faisant sans doute le calcul qu’ils voteront pour les Démocrates aux prochaines élections. Il s’agit à la fois d’une stratégie politique et d’une tradition de ce parti, généreuse. C’est la grande Amérique, capable par sa puissance même d’accueillir tout un chacun. 

La position de Trump est différente. Il pense que l’immigration incontrôlée est à la source du terrorisme. Bien plus, les immigrés pense-t-il, vont submerger les premiers arrivants, les fondateurs de l’Amérique, les WASP, les blancs, et faire de l’Amérique, au-delà du melting pot, une nation sans centre, sans direction, une nation métissée. 

Cette position risque de rencontrer beaucoup d’adeptes, qui sans le dire tout haut, le pensent tout bas.

Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, le problème se pose d’une manière assez similaire. Trump le dit d’une façon abrupte, violente, mais c’est cette violence-même qui donne à son propos une audience importante. 


Les pays occidentaux voudront-ils demeurer judéo-chrétiens ou sombrer sous l’afflux des immigrés, qui un jour ou l’autre, risquent de les absorber, comme le firent jadis les Barbares avec l’Empire Romain ? 

Trump ne prêche pas pour un recroquevillement de l’Amérique sur elle-même mais au contraire pour une reprise en compte de ses racines afin de pouvoir intégrer davantage et se réaliser plus loin.

Les Démocrates sont davantage tentés par la globalisation, une sorte de culture mondiale, qui supprimerait les trop grandes disparités, et en même temps, réduirait les spécificités, les identités, les singularités, les cultures. 

Il est possible que la mondialisation ait élevé le niveau de vie des populations sous-développées, qu’aient pu leur être distribués d’avantage d’aliments, mais à quel prix : celui de la destruction de leur culture, comme celui de la nôtre. Nos églises se vident, mais pas au profit de plus vastes croyances, à celui du temple des Temps Modernes, celui de la consommation, le super U.

Aujourd’hui la plupart des emplois aux Etats-Unis ont été exportés en Chine, où la main-d’œuvre est meilleur marché. Ceci enlève aux Etats-Unis leur énergie, leur goût d’entreprendre et de travailler, les réduit à la pure spéculation. Ils sont séparés du faire, ce qui rend la société plus abstraite, plus virtuelle. Trump dénonce cet état de chose. 


En fait, l’avenir qui s’annonce risque d’être problématique.

Les Etats-Unis se fondent de plus en plus dans une indifférenciation générale, servie par des théories intellectuelles, dont la France est partie prenante : la Déconstruction, ou le Genre.

Le noyau dur WASP qui a fait les Etats-Unis se dissout peu à peu dans une mondialisation, qui mène progressivement à une authentique perte d’identité. 

On ne sait plus qui l’ont est : femme ou homme, noir ou blanc, homosexuel ou hétérosexuel. L’angoisse vous saisit. 

C’est le moment en général où des réactions violentes se produisent. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé sous la République de Weimar avant l’avènement d’Hitler. Il existait de profonds conflits d'identité. 

Si l’Amérique veut demeurer elle-même, elle ne peut laisser pénétrer chez elle n’importe qui sous n’importe quel prétexte. Elle doit se redéfinir autour d’un noyau dur : celui qui a constitué son fondement d’origine.

Dans le cas contraire, elle deviendrait une nation ouverte à tous les vents, dont les ennemis se partageraient très vite les dépouilles. 

Le problème se pose de la même manière en Europe : si celle-ci veut demeurer également elle-même, elle doit définir les limites au-delà desquelles elle peut accueillir des minorités, sous peine de perdre son identité.

Il faut redresser la machine afin qu’elle reprenne sa vocation première. Si elle veut continuer à intégrer des peuples nombreux et divers, elle doit redéfinir ses principes de base. Pour être universel, il faut d’abord préciser ses fondements, son enracinement. 

C’est à cette tâche que doivent désormais se consacrer à la fois l’Europe et les Etats-Unis. 


La grande tentation pour l’Amérique aujourd’hui et pour l’Occident tout entier est de penser et de croire qu’ils peuvent accueillir tout un chacun et devenir un tissu de peuples, de races et de couleurs de cultures différentes, autour d’une loi vaguement définie, autour d'une quelconque écologie ou théorie climatique. 

Si l’Empire Romain a pu gouverner le monde comme nous l’avons fait nous-même, car nous ne constituons jamais que son prolongement, c’est parce qu’à l’intérieur de la Romanité et de l'Occident se déployait un noyau dur qui les constituait. Nous sommes des judéo-chrétiens. Cette affirmation s’est poursuivie au-delà de la fin de l’Empire Romain, à travers Byzance. 

Charlemagne a pris la suite en devenant Empereur chrétien d’Occident. C’est le Christianisme qui après la Romanité a pris la relève et est devenu le nouveau noyau dur de l’Empire. Nous sommes toujours dans cette mouvance. 

Les Etats-Unis et nous-mêmes en sont les héritiers. C’est aujourd’hui la religion protestante qui est leur fondement, en même temps que les Lumières. Ils ne peuvent continuer leur course que s’ils sont capables d’affirmer leurs valeurs d’origine, contre toutes les tentations de l’indifférenciation. 


La France est un pays castré, et on voit mal désormais comment elle pourrait revenir à ses racines spirituelles, arrachées au moment de la Révolution. Les Juifs eux-mêmes y sont laïcs. Ils risquent d’oublier leur identité au profit d’une laïcité qui est en fait l’abandon de leur spiritualité. 

C’est pourquoi le dialogue Etats-Unis-France est difficile, malgré le fait que ce soit la France monarchique qui ait aidé les Etats-Unis à se constituer, et que Louis XVI sans doute ait été le premier et véritable ami des Etats-Unis.

Tels sont les paradoxes de l’Histoire : c’est un Roi qui aide une colonie anglaise à conquérir sa liberté et une République ensuite qui appelle par deux fois à l’aide cette même colonie libérée, devenue les Etats-Unis. En tout cas, la relation amour-haine que les Etats-Unis et la France entretiennent depuis toujours repose essentiellement sur la différence de leurs fondements. Les uns sont protestants, les autres catholiques, puis athées. 


Avoir tenté de faire des femmes les alliées nécessaires d’Hillary Clinton était prématuré. Beaucoup ont dû voter pour le mâle, le Père, le Président dont elles ont besoin pour se positionner, à partir de leurs propres structures familiales, pour s’identifier.


Nous avons vécu plusieurs décennies enveloppés dans des idéologies mortifères, toutes plus ou moins issues de Jean-Jacques Rousseau, avec comme unique horizon, l’égalitarisme. Il s’agissait que le plus grand, le plus fort, s’aligne sur le plus faible, que tous deviennent l’égal de l’autre. Il ne fallait pas que la masse s’élève, mais qu’elle se réduise au contraire, que tous deviennent des prolétaires. On en revient à la célèbre parole de Trotski : « Si le soleil ne doit briller que pour la bourgeoisie, nous éteindrons le soleil ! »

Aujourd’hui, tous sont invités à devenir riches, après l’élection de Trump et de toutes les contraintes. Tous sont invités à élever des tours vers le ciel, à devenir des entrepreneurs de leur propre vie. Donald Trump s’est réalisé à travers sa propre entreprise. Telle est au fond la grande Révolution Libérale, qui n’a jamais eu lieu, jusqu’à aujourd’hui. Au lieu de faire de tous les hommes des esclaves du travail, les libérer de celui-ci, de manière à ce qu’ils deviennent tous des créateurs. 


mardi 25 juin 2024

VERS UNE ELECTION DEVOYEE

Tout a débuté par un abus de confiance, lorsque François Hollande invente le piège dans lequel il espère enfermer ses adversaires, un Parquet Financier, censé faire la chasse aux fraudeurs, et destiné en fait à détruire ses ennemis politiques.

C’est ce qu’il réalise avec François Fillon quelques semaines avant les élections de 2017.

Les français découvrent soudain les supercheries dont aurait été l’auteur François Fillon, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant 5 années. Celui-ci aurait accordé quelques libéralités à ses enfants, grâce à ses relations parlementaires. Son épouse elle-même aurait reçu des émoluments indus de la part du propriétaire de la Revue des Deux Mondes.

Tout cela ne tenait pas debout et paraissait surtout assez ridicule, lorsque l’on connait la pratique habituelle du personnel politique Cependant le mal était fait, le venin introduit dans l’armure, que ses adversaires s’empresseront d’exploiter.

Il faut insister sur le fait qu’à ce moment les amis de droite de François Fillon se montrèrent très avaricieux et le défendirent du bout des lèvres.

Emmanuel Macron qui, de son côté avait créé un mouvement destiné à assurer son autonomie politique, se glisse dans l’interstice laissé par François Hollande, qui ne possédait de crédit suffisant pour se représenter, et réussit à se faire élire.

Cette manœuvre était perverse et en même temps tout à fait remarquable, un tour de passepasse étonnant.

Ensuite, tout s’enchaina. Le jeu des institutions ayant été faussé, la V° République mise au rencart, la série des catastrophes débuta.

D’abord les « gilets jaunes » qui immobilisèrent la France chaque samedi pendant une année. Ce fut ensuite le Covid, dont la gestion fut très contestée, puis le problème des retraites qui mit des millions de personnes dans la rue. Vint également le soulèvement des banlieues qui mit la France à feu et à sang, les attentats multiples émanant la plupart du temps d’islamistes, résultant par ailleurs du laxisme du Président face au problème de l’émigration qu’il considère comme un élément parmi d’autres à l’occasion de la construction de l’Europe, sans oublier les flagellations devant l’Algérie et autres anciennes colonies françaises au nom de certains crimes contre l’humanité dont la France se serait rendue coupable.

Par-dessus tout cela, les positions changeantes d’Emmanuel Macron en ce qui concerne le problème ukrainien, prétendant un jour qu’il ne fallait pas humilier Poutine, et le lendemain annonçant qu’il était prêt à envoyer des soldats français en Ukraine.

Mais davantage, un narcissisme forcené qui érige sa personne en véritable divinité, parcourant le monde de long en large, sans aucune nécessité et sur le dos des français.

Bien plus, Emmanuel Macron a souscrit un contrat avec une agence en communication étrangère qui distribue son image sublimée, chaque jour en première page des grands journaux français.

Quel que soit le résultat de ses actions, positif ou négatif, son portrait trône en première page des quotidiens et hebdomadaires, assurant sa publicité et la toute-puissance de son image.

Telle est la vraie nature du Président de la République, un narcissisme à toute épreuve qui, quoi qu’il fasse lui assure la première place dans les médias.

C’est ce qui explique d’ailleurs son comportement dans la dissolution de l’Assemblée nationale : un coup de sang mêlé à son immense désir de paraitre et un mépris extraordinaire envers les autres. Son Premier ministre n’a pas été averti de son initiative.

Ce qui est le plus grave, c’est que dans l’assurance de sa supériorité, il est tout à fait envisageable qu’il appuie sur le bouton nucléaire. Cela lui donnerait sans doute le sentiment de la suprême puissance en même temps que la plus grande jouissance.

Emmanuel Macron est persuadé d’avoir fait avancer la France. Il est sûr de ne pouvoir se tromper au moment même où tous s’accordent pour dire que la dissolution est une erreur.

Il persiste et il signe !

Le malaise français aujourd’hui résulte de l’extrême fragilité du Président, de son mépris et de sa certitude de posséder la vérité. En fait, la supercherie d’origine, le mensonge qui a présidé à son avènement viennent aujourd’hui échouer sur le rocher de la vérité.

La situation dont il est victime n’est que l’envers de sa duplicité et de sa violence quotidienne envers la conscience des français.

Mais l’essentiel réside en ceci : L’Europe doit se construire à partir de la singularité de chaque peuple qui la constitue. Ce n’est qu’en assurant leurs pleine identité que les peuples européens pourront constituer une véritable civilisation.

Emmanuel Macron pense au contraire qu’il s’agit d’éradiquer l’originalité de chaque peuple au bénéfice d’une Europe fantasmée qui n’aurait plus aucune saveur.

Il faut rappeler qu’Emmanuel Macron, pour supprimer ce qu’il appelle le vieux monde, a mis à mort la diplomatie française et est prêt à remettre les décisions concernant la défense même de la France entre les mains d’une administration européenne dont le mépris pour les peuples est bien connu.

Enfin, Monsieur Macron flirte avec les différents concepts de ce que l’on appelle « la modernité » : GENRE, PMA, LGBT, et qui sont en fait le signe de la décadence de notre monde. C’est d’ailleurs contre quoi s’érigent les peuples des pays dits sous-développés et leurs leaders, la Russie et la Chine.

Emmanuel Macron est en fait l’anti de Gaulle, bien qu’il s’en défende, l’ennemi de l’Etat, parachevant son œuvre par la suppression de l’ENA dont il était lui-même issu, qui était la création de Michel Debré.

Et là nous touchons peut-être à un domaine plus profond, d’un autre ordre. Emmanuel Macron déteste le Père et partout où il le trouve, il souhaite le détruire.

Cette haine du Père est aujourd’hui ce qui menace la société française et le monde dans sa totalité. C’est à l’opposé qu’il s’agit d’œuvrer, la reconstitution des valeurs, celles de notre identité.

C’est pourquoi les français se tournent vers des édiles susceptibles de leur assurer de l’autorité.

 

Edouard VALDMAN

Ancien Secrétaire de la Conférence du Stage
Ancien élève de l’Institut politique de Paris
dernier livre paru : Le drame français

samedi 10 février 2024

ROBERT BADINTER ET L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT

Robert Badinter, avocat, ancien ministre de la justice, ancien Président du Conseil Constitutionnel, sénateur, est celui grâce auquel la peine de mort a été abolie. Cette abolition, personne ne viendrait à la remettre en cause ou seulement la questionner. Il s’agit là d’un absolu, de quelque chose d’intouchable qu’il a préconisé et qu’il a fait voter.


Or, rien n’est plus contestable. En effet, ce qui était véritablement en question quand cette mesure a été votée, c’était le statut de la Cour d’Assises. Celle-ci en effet, constituait le prolongement du Tribunal révolutionnaire créé en 1793 par la Convention Nationale. Ce Tribunal jugeait sans appel. Il était infaillible. C’est lui qui a condamné le Roi et la Reine à la peine de mort. Le peuple était censé ne pouvoir se tromper.


Cette infaillibilité de la Cour d’Assises avait deux siècles lorsque l’abolition fut votée. Personne jamais n’aurait songé à y porter remède. On aurait eu l’impression de toucher à quelque chose de sacré.


Pendant deux siècles, la liberté, selon les Français, a été suspendue aux décisions de cette Cour. Le vote, instaurant un deuxième degré de juridiction à la Cour d’Assises, l’appel de ses arrêts, est intervenu sous le gouvernement de Lionel Jospin en 2003, en même temps que celui à propos de la présomption d’innocence et ce, ultérieurement à l’abolition de la peine de mort.


Tel était le véritable enjeu. D’innombrables têtes sont tombées. Si l’appel eut existé, sans doute eussent-elles pu être sauvées.


Cependant, le vrai problème, c’est que celle-ci présume une société désacralisée, une société qui, faute de certitude et de foi, ne s’autorise plus à condamner à la peine capitale.


Camus et Koestler l’avaient bien vu dans un livre qui a fait date « Réflexions sur la peine capitale ». Comment pourrait-on prononcer, disaient-ils, une décision condamnant à la peine capitale dans une société qui a rompu toute relation au sacré ?


En ce sens, Robert Badinter a été cohérent avec lui-même, à un petit détail près cependant. Il s’est toujours revendiqué comme « juif » et a signé des tribunes dans le journal le Monde, à ce titre.


Or, être juif précisément, c’est entretenir une relation avec l’espace du Saint, avec la question de l’absolu, avec celle de Dieu.


Hors, de cette relation, il n’y a pas de judaïsme.


Sans doute Robert Badinter appartient-il à cette catégorie dite « des juifs laïques ». Ceux-ci ont fait alliance une fois pour toutes avec la République, avec la gauche, avec les Lumières et ceci malgré l’affaire Dreyfus, malgré Vichy, malgré l’Holocauste.


 


 


En fait, la campagne en faveur de l’abolition de la peine de mort était démagogique mais porteuse pour la gauche. Mitterrand d’ailleurs à l’origine ne lui était pas favorable, pas plus que l’ensemble des français.


Elle est surtout critiquable dans le mépris avec lequel elle traite les criminels eux-mêmes.


En effet la mort est le seul châtiment à la hauteur de leurs crimes. On peut imaginer un criminel s’investissant complètement dans son acte, allant au bout de lui-même, au bout de sa passion.


Le crime peut être un choix par rapport à une situation donnée. Il peut être une vengeance que l’on souhaite assouvir, une passion au bout de laquelle on souhaite aller. La société n’a pas le droit de la voler au criminel. Il peut s’agir pour lui d’un acte de liberté.


Lui retirer la possibilité de ce châtiment suprême corollaire de son acte, est rabaissé celui-ci.


C’est donc à lui qu’il reviendrait de choisir. Seule la mort est à la hauteur de son acte. Encore faut-il qu’il ait le courage de revendiquer cette peine. C’est ce qui s’est passé avec Buffet et Bontemps, les derniers condamnés à mort.


L’abolition résulte d’un parti pris de gauche qui semble exprimer un souci humanitaire et qui substitue à une condamnation à mort une peine d’enfermement à vie. C’est ce qui explique le nombre considérable de suicides, dans les prisons françaises.


Les condamnés à des peines de trente ans de prison ou de la prison à vie y trouvent-ils leur compte ? Si on leur posait la question, il est possible qu’ils choisissent la peine de mort.


Par ailleurs, ces années de prison ont un coût. Nous entretenons des criminels et autres terroristes qui eux, n’ont que mépris pour la vie humaine.


L’abolition de la peine de mort n’est pas un progrès vers une humanité plus compatissante. Elle est une crainte devant le crime et surtout une incapacité à le penser. Elle est une défaite devant le caractère sacrée de la vie humaine.



 


Bien plus, la condition des prisons françaises est depuis toujours un authentique scandale. Robert Badinter, lorsqu’il était ministre, n’a pas réussi à y remédier. La France est régulièrement condamnée par la Commission européenne des Droits de l’homme.


Ce mépris des français pour leurs prisons révèle une mentalité intolérante et la Révolution n’a fait qu’accroitre le malaise. Nous vivons toujours sur l’Aveu, cher à l’inquisition, sur la culpabilité, et ceci demeure au-delà des pétitions de principe.


La loi sur la présomption d’innocence, essentielle, est intervenue récemment pour de mauvaises raisons, d’ailleurs. Il s’agissait de venir en aide aux hommes politiques mis en examen.


En tous cas, cette présomption établit une procédure fondamentale du droit anglo-saxon, installée en Grande Bretagne au 16ème siècle, l’Habeas Corpus, qui est le véritable fondement de la démocratie anglaise et de la liberté.


N’en déplaise à la gauche française et même à la droite, les Anglais sont en avance sur nous en ce qui concerne celle-ci.


Les Etats-Unis qui sont un pays protestant en majorité, Israël qui est une nation religieuse, ont conservé la peine de mort, même si elle est exceptionnelle.


Ce qui est en cause en particulier aux USA c’est moins la peine en elle-même que la manière dont elle est distribuée. Cela il faut absolument le modifier. La peine de mort doit être une justice et elle doit respecter le condamné.


 


 


La vérité, c’est que la France si, comme elle le prétend, elle a abattu un certain nombre de tyrans, elle a surtout tenté de détruire en elle un espace indispensable à la survie de l’humain.


Les principes de la Révolution française, telle la laïcité, les droits de l’homme, la liberté, tous fondés sur la mort de Dieu et la toute-puissance de la Raison, n’ont pas été choisis par les français, mais imposés par la dictature jacobine.


La justice française est l’exemple le plus probant du caractère totalitaire des structures de la France. Le symbole en est le juge d’instruction tout puissant, crée par Bonaparte, et qui décide souverainement de l’enfermement des citoyens.


Et certes, des réformes ont été apportées qui ont réduit la toute-puissance de celui-ci. Aujourd’hui il lui est adjoint un magistrat au moment de la mise sous mandat de dépôt : le juge des libertés.


Cependant, l’identité française construite par la Royauté et l’Eglise, modifiée par la Révolution et l’Empire, demeure autoritaire, dans la droite ligne de l’Inquisition.


Une présomption de culpabilité pèse sur la société française, au-delà des récentes réformes, qui vient tout droit de l’Inquisition.


Nous nous situons toujours dans un système inquisitorial face à des pays anglo-saxons qui se situent eux-mêmes dans un système accusatoire.


Nous avons vu qu’en France, la droite comme la gauche se rejoignent dans une complicité négative, à savoir le meurtre du Père, le parricide.


Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est de reconstruire de la symbolique au centre de l’Etat.


La lutte qui intervient aujourd’hui entre la bourgeoisie libérale de sensibilité davantage anglo-saxonne, et la bourgeoisie conservatrice, symbolise le problème de la césure. Ces deux bourgeoisies sont complices dans la parricide.


C’est toujours l’absolu contre la tolérance, la Sorbonne contre l’humanisme, le Collège de France contre l’Inquisition. La bourgeoisie libérale cherche à faire prévaloir des idéaux qui se rattachent davantage à la Réforme.


La haine entre ces deux formes de sensibilité est sans doute pire que celle qu’ils nourrissent face au socialisme ou aux idéologies qui lui sont proches, la plupart matérialistes.


Ici nous sommes dans une authentique guerre de religions.


  


 


Il faut préciser que dans un livre à l’intérieur duquel il exprime sa pensée à propos de la peine de mort « L’abolition », à aucun moment Robert Badinter ne s’apitoie sur le sort des victimes. Qu’elles soient égorgées, cela apparemment ne l’émeut pas. Ce qui le révolte c’est celui du criminel, du terroriste, celui du guillotiné.


Il fait par ailleurs siennes les sciences modernes, en particulier la psychanalyse et la pulsion de mort par laquelle nous serions tous agis. A quelque moment que ce soit nous pourrions en être la victime. C’est le triomphe de l’inconscient.


C’est pourquoi il exonère en partie de leur responsabilité les grands prédateurs tels Barbie et autres criminels de guerre nazis.


Il ne revient pas sur la condamnation de ce dernier à la prison à vie, celui-là même qui a envoyé son père à Auschwitz, où il est décédé.


Il semblerait que Robert Badinter soit pris dans des contradictions difficiles à démêler entre sa fidélité aux idéaux des Lumières, sa condition de juif et ses convictions anglo-saxonnes.


En fait, si la France a été incapable de promouvoir le système de l’Habeas Corpus, c’est en raison de l’existence même de la philosophie des Lumières et de son incapacité à penser le divin.


 


 


Le plus important sans doute dans ce débat, c’est le problème de ce que l’on pourrait nommer celui du « sacrificiel ».


La peine de mort en effet a longtemps été un supplice. Elle a constitué un rite, et ce dans toutes les civilisations. Il ne s’agissait pas seulement de punir mais de « sacrifier » dans la mesure où l’ordre de la Cité avait été transgressé ou aboli. C’est le mythe d’Antigone.


La transgression,  cela méritait davantage qu’un châtiment. Il fallait que celui-ci fût exceptionnel, car il devait empêcher le retour de tels actes qui troublaient l’ordre du monde.


Dans le sacrifice d’Isaac qui est en un certain sens exemplaire, il est à noter que si Dieu envoie à Abraham, sur le bûcher, un bélier en place et lieu de son fils Isaac, c’est parce que celui-ci lui a d’abord obéi inconditionnellement et était prêt à le lui sacrifier.


En tout état de cause dans l’abolition de la peine de mort est inscrite la volonté de rompre avec le sacrificiel. Désormais nous sommes dans le pur rationnel. Nous passons de la peine capitale, à l’enfermement.


Celui-ci est censé être davantage humain. Il faudrait questionner à ce sujet des prisonniers condamnés à passer leur vie entière derrière les barreaux. Seuls, ils pourraient répondre.


Le sacrificiel désormais aboli, le nouveau châtiment est sans doute pire que la mort. Il est glacé, concentrationnaire et à perpétuité. Il a le visage de l’homme technologique, de l’homme industriel, avec tout l’arsenal des quartiers de haute sécurité. En fait, l’homme ici n’a plus de visage.


La mort d’une certaine manière donnait sens à sa vie, à son acte. Elle le hissait à la hauteur du tragique. Ici il n’y a plus rien. L’homme est devenu une ombre.




 


 


ROMAIN GARY


 


Dans « La nuit sera calme », Romain Gary explique qu’il a écrit le texte qui suit à Majorque où il vivait alors en juin 1972 au moment de l’abolition de la peine de mort en Californie.


« Les uns après les autres les pays abolissent la peine de mort. En France des voix d’hommes épris de justice et de dignité appellent à la suppression que ce que Casamayor a dénoncé comme une capitulation devant l’instinct de vindicte populaire. Je voudrais poser ici la question suivante : l’abolition de la peine capitale est-elle la conséquence d’un progrès moral et social autrement dit d’un respect accru pour la valeur vie ou est-elle au contraire le résultat d’une dévalorisation de la vie humaine ?


Mais ne l’oublions pas il y a toujours plus et autre chose qu’un châtiment dans la peine de mort. Il y avait une infirmation du caractère sacré de la vie. Il s’agissait par le châtiment suprême d’assigner à la vie humaine une place suprême.


En ce sens, il est normal que la peine de mort ait existée à des époques humanistes puisque la vie humaine était considérée par celle-ci comme une valeur sacrée.


Il m’est donc difficile de partager l’optimisme de ceux qui voient aujourd’hui dans la disparition progressive de la peine de mort le signe d’un progrès. Il me semble au contraire qu’elle témoigne de la dévalorisation de la vie humaine.


Autrement dit, la peine de mort est devenue archaïque parce que la vie humaine en tant que valeur sacrée l’est devenue encore davantage. Le meurtre tend à être accepté comme un moyen d’expression courant.  Autrement dit, l’abandon de la valeur mort intervient fort logiquement en même temps que la chute en flèche de la valeur vie. »


 


Cet article a été publié dans un ouvrage intitulé « Le 21e siècle sera spirituel ou le Troisième Temple » aux éditions Apopsix en 2017.

lundi 16 octobre 2023

« Israël-Palestine, vers une Fédération des peuples du Moyen Orient »

C’est à l’occasion de l’Affaire Dreyfus que Theodore Hertzl, journaliste autrichien, correspondant d’un journal allemand à Paris, ressent la nécessité de la création d’un état juif.

La dégradation du Capitaine Dreyfus sera sans aucun doute l’événement le plus important de sa vie.

« Mort aux Juifs » criait la foule alors que l’on dégradait l’innocent !

Que ce phénomène d’hystérie collective puisse se produire en France, le pays des Lumières, un siècle après la Déclaration des Droits de l’Homme, le convainc de ce que aucune assimilation n’est possible.

Le paradoxe cependant est que contrairement à ce que préconisaient des hommes tels que Bernard Lazare, grand défenseur de Dreyfus au côté de Péguy ou Magnes, Hertzl va emprunter pour l’édification de cet état les structures mêmes de celui qui a fait défaut, l’Etat-Nation européen.

Telle est sans doute l’origine de l’impasse dans laquelle se trouve la recherche de la paix au Moyen-Orient.

L’Etat-Nation européen dont l’exemple le plus achevé est l’état français, comporte comme fondement l’idéal Kantien des Lumières, celui de la Raison.

Il est lui-même fondé sur une pseudo-nature humaine dont Rousseau reprendra les termes dans le Contrat Social.

Dans « la condition de l’homme moderne », Hanna Arendt fait une critique radicale de Rousseau, des Lumières et de l’Etat-Nation.

Selon elle, la notion de souveraineté, chère à Rousseau, est essentiellement tyrannique. Malgré la proclamation de droits inaliénables et universels, elle réserve en fait la protection de ceux-ci aux seuls nationaux.

L’Etat-Nation s’est avérée incapable d’intégrer les flux migratoires qui ont suivi l’effondrement des grands empires tels l’empire austro-hongrois après la première guerre mondiale.

Il a été incapable d’endiguer Vichy.

Selon Hanna Arendt, il s’agit d’introduire une notion nouvelle fondée sur la pluralité humaine « l’homme avec ses semblables ».

Celle-ci débouche sur une structure politique différente, celle de la Fédération.

Celle-ci ne demande pas à l’individu de renoncer à son identité au profit d’une notion abstraite de l’homme. Elle intègre au contraire dans son authenticité, en tant que juif, chinois, italien ou autre.

Souveraineté et tyrannie sont une seule et même chose. Telle est la grande découverte des américains en matière politique.

Telle est la voie que doit suivre l’Europe.

Pour ce faire, elle doit s’élever au-delà des Etats-Nations qui la composent et se nommer plurielle, c’est-à-dire catholique, protestante, laïque, juive…

Ce n’est que lorsqu’elle aura assumé son identité pleine et entière, qu’elle pourra entrer dans une relation authentique avec les arabes.

Il faut qu’elle recrée de la Symbolique.

La repentance entreprise par Jean XXIII et poursuivie par Jean-Paul II a ressourcé l’Eglise catholique au tronc judaïque.

Elle a coupé le cordon ombilical qui séparait juifs, protestants et catholiques.

Elle constitue une des grandes révolutions spirituelles de notre temps.

La voie est désormais ouverte pour l’unité de l’Europe.

C’est dans un même mouvement que les peuples du Moyen-Orient pourront s’élever au-dessus des états qui les composent pour créer une Fédération.

La question posée au monde par le judaïsme excède l’état d’Israël. Elle excède toute réponse.

 

C’est pourquoi l’accueil de l’autre est indispensable pour éviter le risque de clôture aussi bien du côté du sionisme que du côté de l’islam.

 

Une Fédération des peuples du Moyen-Orient répondrait à cette exigence.

Cette Fédération devrait, comme le prévoyaient Theodore Hertzl et Martin Buber, constituer le prochain interlocuteur entre l’Occident et l’Asie.

Le peuple israélien et le peuple palestinien, tous deux victimes de l’Histoire, forgent sans aucun doute une expérience nouvelle pour les temps à venir, une expérience d’ordre prophétique.

 

Un peu d’histoire

Lorsque les Juifs rentrent sur leur terre, après 2000 ans d’errance, et après l’Holocauste, qui sonne le glas de toute assimilation, les  Nations Unies opèrent un partage de la Palestine et leur en attribuent une partie.

Il faut noter d’ailleurs que le terme de Palestine appartient au langage des Romains (les Philistins) pas à celui des Juifs. Pour ceux-ci, il y a seulement Israël.

En tout état de cause, ce sont les pays arabes qui après ce partage ont immédiatement déclaré la guerre à Israël, et c’est à cette occasion que les Palestiniens ont commencé à immigrer : « Partez ! »  leur a-t-on dit « et lorsque nous auront éliminé les Juifs, vous rentrerez chez vous ».

Ils sont demeurés dans des camps, aucun pays arabe n’acceptant de les accueillir. Bien plus, ils ont été surexploités et considérés comme des étrangers.

C’est dans ce contexte historique précis, et dans le cadre de la Guerre Froide que se crée l’O.L.P. qui se donne comme objectif la destruction d’Israël pour le remplacer par un Etat Palestinien laïc, dont on peut imaginer le sort qu’il réserverait aux Israéliens, en cas de victoire.

C’est ici qu’intervient l’obstacle décisif à la paix telle qu’elle est proposée depuis lors.

Sur ce point il faut noter  qu’une évolution très importante est intervenue du côté palestinien.

Cependant, il est envisageable que l’Etat israélien tel que conçu par le mouvement sioniste puisse être contesté dans sa structure même. Non pas le Retour d’Israël en soi, mais la configuration de l’Etat.

En effet, comme l’a très bien vu Hanna Arendt, l’Etat d’Israël, tel que l’a créé Theodore Herzl a pris la forme de l’Etat-Nation européen. Or c’est cet Etat-Nation qui précisément s’est avéré incapable d’intégrer les différences et en particulier le problème juif, en Europe.

C’est lui qui a fait défaut.

C’est la raison pour laquelle Hanna Arendt opte pour une constitution comme celle des Etats Unis qui comporte à sa base non plus l’idée de nation mais celle de pluralité humaine, « l’homme avec ses semblables ». La Constitution américaine en effet est fondée sur une conception des Droits de l’Homme issue de l’habeas corpus anglais, lui-même fondé sur la Bible,  et non de la philosophie des Lumières.

C’est sans doute également la raison pour laquelle l’Etat d’Israël aujourd’hui et les Palestiniens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur un mode de coexistence. Tous deux se situent dans l’ordre de l’Etat Nation. Les Palestiniens veulent construire un Etat, qui serait lui-même le reflet de l’Etat Nation israélien. Ils sont en miroir l’un par rapport à l’autre.

Il faut aussi constater à quel point le discours palestinien se calque sur celui d’Israël. Pour les palestiniens, 1948 devient la « catastrophe » à l’instar de la Shoa. Leur exil depuis cinquante ans s’assimile à l’exil d’Israël (pendant 2000 ans). Leur retour hypothétique se calque sur le Retour d’Israël et sa résurrection, ce qui peut signifier aussi que ces deux peuples ont une identité très proche.

Il conviendrait qu’une forme politique se constitue, qui inclue les différences et intègre la pluralité. Pour cela, il est indispensable qu’interviennent un tiers ou plusieurs états médiateurs et que soit élaborée une constitution qui les transcende.

Trois possibilités politiques se présentent pour qu’une paix puisse advenir : soit que l’Etat d’Israël intègre les arabes palestiniens, comme il l’a fait antérieurement avec les arabes israéliens, pour un million d’entre eux, avec les mêmes droits que les Israéliens. Apparemment, cette solution semble difficile à réaliser aujourd’hui. On pourrait imaginer un référendum sous l’égide des Nations Unies qui interrogerait les Palestiniens à propos de leur souhait, mais la haine et les pressions ne leur permettraient sans doute pas de faire un choix libre.

La deuxième solution, c’est que les deux Entités se séparent. C’est ce qu’on est  en train de tenter de réaliser. Ceci est en contradiction avec la nécessité pour ces Etats de collaborer entre eux pour des raisons d’ordre économique et spirituel.

La solution la plus raisonnable ne serait-elle pas celle d’une Fédération ? On pourrait imaginer celle des pays du Moyen Orient à l’intérieur de laquelle chaque peuple serait souverain. C’est ce que préconisait à l’origine Bernard Lazare et Magnes.

On pourrait envisager ultérieurement une Fédération qui aurait pour vocation la création des Etats Unis du Moyen Orient.

Jusqu’à présent, les Juifs, à travers l’histoire de l’Europe et aussi celle des pays arabes chez lesquels ils ont habité, se sont toujours vécus comme victimes en même temps que différents. Au-delà de cette différence, ils se sont considérés également, et en raison de la persécution même, comme uniques et élus. Or, l’Election, contrairement à ce qui est très souvent nommé, a été donnée au patriarche Jacob pour tout homme, pour l’Universel. Dans le combat que livre celui-ci  avec l’Ange, c'est-à-dire avec Dieu, et à sa suite chaque homme peut s’élire. Il ne s’agit pas en conséquence d’une singularité irréductible et exclusive mais seulement d’une différence.

Cela est si vrai que le judaïsme s’exprime par ailleurs à travers la diaspora. L’Etat d’Israël est un mode d’expression du judaïsme parmi d’autres.

C’est cette différence qui doit s’inscrire dans la constitution d’une Fédération, susceptible d’accueillir les autres singularités.

La question posée au monde par le judaïsme excède l’Etat d’Israël. Elle excède toute réponse.

C’est pourquoi l’accueil de l’autre est indispensable pour éviter le risque de clôture aussi bien du côté du sionisme que celui de l’Islam. 

Il faut qu’Israël ainsi que les Palestiniens suscitent en leur sein des hommes de paix.


Il s’agit de créer un espace de paix par la constitution d’une modalité politique qui intégrerait les deux états. Israël, la Palestine, seraient deux entités, chacune ancrée dans son histoire, accueillant l’autre grâce à un tiers espace symbolique. Les Nations Unies ne peuvent tenir ce rôle. Ce serait une ingérence dans les affaires d’Israël, aussi bien que dans celle des palestiniens. Elle viendrait de l’extérieur.

Il faut que des pays arabes, l’Egypte par exemple, le Liban, interviennent comme états tiers. Ce serait une grande révolution symbolique, une manière d’accueillir l’autre, de l’intégrer.

Le dialogue ne peut se produire qu’au-delà de la séparation médiatisée par d’autres états, et transcendée par une entité symbolique, une Constitution qui pose à sa base la pluralité humaine, « l’homme avec ses semblables ».

Cette Fédération devrait, comme le prévoyait Théodore Herzl et Martin  Buber, constituer le prochain interlocuteur entre l’Occident et l’Asie.

Le peuple israélien et le peuple palestinien tous deux victimes de l’Histoire forgent sans aucun doute une expérience nouvelle pour les temps à venir, une expérience d’ordre prophétique.

                       

Edouard VALDMAN

Edouard Valdman, écrivain, est ancien élève de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, ancien Secrétaire de la Conférence du Stage du Barreau de Paris. Il a donné de nombreuses conférences, notamment dans les universités américaines, NYU, Columbia, Princeton.

Derniers ouvrages parus : Les Juifs et l’argent : pour une métaphysique de l’argent (Éditions Galilée), Dieu n’est pas mort ; le malentendu des Lumières (Éditions L’Harmattan, 2004) ; France-Etats-Unis ; une nécessaire union.

lundi 17 juillet 2023

A PROPOS D’EMEUTES : les barbares contre l’Empire

Nous appartenons à une civilisation judéo chrétienne, même si nous ne le savons pas. Le Père et la Loi la gouvernent. C’est de ceux-ci qu’elle tire sa force.

 

C’est sur le Mont Sinaï que tout a débuté. Et c’est là que se pose toujours le problème. La Loi édicte les hiérarchies, établit les codes.

 

Nous appartenons également à une civilisation patriarcale. Or tout, actuellement semble aller à l’encontre de ses principes.

 

Les femmes souhaitent devenir l’égal des hommes, pas seulement dans leurs droits, ce qui serait souhaitable, mais dans leurs accoutrements. Elles se libèrent de la pudeur, du voile, qui avait un sens religieux.

 

La vierge Marie en était le symbole. Elle domine toute l’iconographie occidentale.

 

Le mariage était une institution sacrée et d’irrévocable. Le divorce est une conquête récente des femmes.

 

Davantage, aujourd’hui un homme peut épouser un autre homme. C’est le mariage pour tous, voté en France sous un régime socialiste. Les homosexuels eux-mêmes défilent dans toutes les capitales du monde, même à Jérusalem.

 

Selon nos élites, cela s’appellerait la liberté. 

 

Comment la jeunesse pourrait-elle se retrouver dans un monde qui tourne le dos à ses valeurs ancestrales ?

 

La vérité, c’est que notre civilisation désormais « va à vol eau ». Le progrès technique accélère la décadence. Il renforce l’uniformité et fait du monde une formidable fourmilière qui se dissoudra prochainement comme autant d’immondices.

 

La notion d’Homme, d’ordre métaphysique, née à Athènes, qui s’est poursuivie à Rome et sur le Mont Sinaï, est en train de disparaitre sous le flot des barbares. En fait ceux-ci, tout odieux qu’ils soient, ont le mérite de poser le problème comme l’ont fait avant eux ceux qui s’en prenaient à l’empire romain.

 

Personne ne peut affirmer qu’ils revendiquent une société plus juste, en tout cas ils rejettent cette société. Elle leur fait horreur.

 

 

 

 

Au moment où éclata la Révolution française on eut pu croire que la liberté était enfin advenue. C’est d’ailleurs au nom de cette dernière que le soulèvement s’effectuera, ainsi qu’au nom de l’Egalité. La France eut pu devenir multiculturelle, c’est-à-dire catholique, protestante, juive, laïque. Les langues régionales eussent pu s’épanouir.

 

Ce n’est pas ce qui advint. Les jacobins jetèrent bientôt sur elle le voile de la laïcité. On pouvait exercer le culte de son choix, à condition de ne pas en parler.

 

C’est là que prennent tout leur sens les évènements dramatiques auxquels nous assistons aujourd’hui.

 

En effet, la République, la laïcité, ne sont pas des principes suffisamment puissants pour leur permettre d’intégrer les peuples qui se pressent aux portes de la France.

 

Les migrations, pour se passer dans des conditions convenables, doivent se référer en même temps qu’à la République, à une foi et à une croyance.

 

Les migrations musulmanes, solde de notre empire, pour se dérouler sans heurt, ont besoin de se référer à une identité plus lointaine et plus profonde, à leur véritable identité, sinon elles avancent dans le vide et au bout de ce vide il y a le désespoir.

 

Les institutions qui avaient pour tâche d’éduquer la jeunesse, en opérant une authentique intégration sociale tel le service militaire obligatoire ont été supprimées.

 

Les églises elles-mêmes, en se démocratisant, se sont paradoxalement vidées.

 

La laïcité s’est avérée impuissante devant Vichy. Elle s’est avérée insuffisante devant l’affaire Dreyfus. Elle a empêché aujourd’hui qu’un authentique Islam de France soit fondé, qui eut permis d’intégrer la jeunesse musulmane.

 

Un malaise général gangrène la société.

 

 

 

 

Le principe de la laïcité doit être élargi, de manière à pouvoir intégrer les différentes ethnies qui se pressent à la porte de notre pays.

 

Les émeutiers d’aujourd’hui même s’ils ont acquis la nationalité française, sont des musulmans et ils ont besoin de s’appuyer sur une foi. La laïcité n’est pas capable de les assimiler.

 

Nous-même souffrons de la même maladie. Les tentatives vers une laïcité positive ont échoué. Elles n’ont pas réussi à intégrer les différentes identités bretonnes, catalanes et autres.

 

Si l’on veut s’attaquer au mal dans sa profondeur, il faut permettre au principe de la laïcité de s’adjoindre un principe religieux. Seul il peut combler les âmes et répondre à la soif d’une identité pleine.

 

Il faut revenir à ce moment de la Révolution ou nous avons été castrés de notre identité, au profit de notions purement abstraites. La notion de citoyen en est une.

 

 

 

 

Enfin, pour pouvoir avoir une société paisible, il faut que ceux qui la dirigent possèdent un minimum de dignité.

 

Il n’y a plus de structures morales, d’interdit ou d’idéal.

 

Le pouvoir de Monsieur Macron est un pouvoir usurpé, un compromis entre le Parquet financier et les manipulations de Monsieur Hollande contre François Fillon. Ce pouvoir est illégitime.

 

Monsieur Dupond-Moretti, ministre de la Justice, avait déposé une plainte contre des écoutes téléphoniques dont il aurait fait l’objet lorsqu’il était avocat. Dès qu’il a été nommé ministre de la Justice, il y a renoncé.

 

Les partis politiques sont déliquescents.

 

La gauche, à un moment pouvait représenter un certain idéal. Elle est en pleine décrépitude.

 

La droite a peur de s’assumer dans ses contradictions et de faire alliance avec le Rassemblement National.

 

Le dernier homme politique fut le Général de Gaulle. Depuis, tous se sont acharnés à détruire les assises de la V° République, que ce soit Mitterrand, Chirac et autres Hollande.

 

La France est devant un gouffre. La seule solution serait qu’elle fasse appel à ses anciennes valeurs, et que se réalise enfin l’union entre la droite la plus classique et le Rassemblement National.

 

Il faut surtout qu’elle revivifie son antique civilité, sa religion et sa civilisation.

 

Edouard VALDMAN

vendredi 9 juin 2023

Les Larmes du Temps - Marché de la poésie

 A l'occasion du marché de la poésie, qui se déroulera place Saint Sulpice à Paris du 7 au 12 juin 2023, Edouard Valdman a le plaisir de vous communiquer un poème extrait d'un recueil publié en novembre 2005, "Les Larmes du Temps".

 

J’entends la guerre, j’entends le meurtre

à l’autre bout du monde

 

L’enfant qu’on égorge

La ferme brûlée

J’entends le feu qui ravage

Les os qui craquent

Je vois le sang tomber sur le sol d’un cou fragile

Que j’eusse aimé

 

Je vois le chemin plein

De leurs pas hideux,

De leurs bottes, et de leurs chars

Je vois les prairies

Les herbes piétinées

 

Je ne peux plus dormir

Je ne peux plus rêver

J’ai peur de m’habituer à la souffrance

 

Non il ne faut pas !

Il ne faut pas croire que toujours

Ce sera pareil !

Peut-être qu’il y aura un jour un vrai printemps !

Qu’il n’y aura plus de chars

Qu’il n’y aura plus de bottes

Qu’il n’y aura que des cortèges

De fleurs, d’amants

D’amis, de femmes

Sinon, alors !

Qu’avons-nous fait ?

Pourquoi le Mal ?

 

Je descendrai dans le village

J’habillerai les morts

Je fermerai leurs yeux, s’ils en ont encore !

Je réunirai leurs bras tendus

Etonnés,

Je baiserai leurs lèvres étrangères

Si miennes

 

Je reconstruirai la maison

Plus dure

Plus forte

Et cette fois-ci je dis

Ils ne viendront pas !

 

Peut-être aussi qu’ils ne savaient pas !

Peut-être qu’il fallait leur dire la source, la rosée

Le ciel !

Peut-être qu’il fallait les aimer !

 

Il faut refaire la terre

L’ensemencer d’espoir

La labourer avec le cœur

Il faut l’abreuver de joie et de soleil !

 

Dieu est mort, mais nous sommes à naitre !

Le blé ne lèvera pas sans larmes

L’esprit laboure, le cœur se heurte aux pierres

Qu’importe s’il a mal ?

 

Le son du cœur contre les pierres est le cri nouveau

de l’Homme

 

Laisse respirer la terre

Laisse-là prendre son temps

 

Un jour, le soleil se lèvera sur un champ radieux

Il n’y aura plus d’esclaves

Il n’y aura plus de maîtres !

 

Il y aura le grand silence de l’infini,

Vers lequel les hommes regarderont ensemble

Sans peur

Emerveillés !