lundi 14 avril 2014

Une conférence sur la péniche de la Barge (quai de la Rapée à Paris)


Le propre de la réussite sociale, le fait d’avoir été député ou ministre, d’appartenir à un clan, à une coterie comme le disait Stendhal, c’est de pouvoir dire ce que l’on veut, parfois n’importe quoi, et d’être en toutes occasions acclamé.

C’est ce qui s’est passé, le premier avril dernier, avec Luc Ferry, ancien ministre de l’Education nationale, pas du tout descendant de Jules Ferry comme il l’avait laissé croire, et qui a eu par ailleurs le triste privilège durant le temps de son mandat de voir ses livres subir un autodafé.

Il s’en est apparemment bien remis. Admirons les multiples activités de cet intellectuel, professeur, journaliste, homme de radio, homme de télévision, toutes performances par ailleurs difficilement compatibles avec la pratique de la pensée.

Ce soir-là il tentait de vendre son dernier livre paru chez Robert Laffont  « La Plus Belle Histoire de la philosophie » et pour ce faire, développait sur la péniche de la Barge, au quai de la Râpé, dans le cadre de soirées judaïques organisées par le FSJU, sa nouvelle théorie.

L’histoire de la philosophie comporterait selon lui quatre grandes étapes.

La première est l’étape grecque qui serait dominée par la quête de l’harmonie. Selon les grecs le cosmos connait un ordre parfaitement sublime et la seule tache de l’homme consiste à y trouver sa juste place. Ulysse s’éloigne d’Ithaque durant dix ans que dure la guerre de Troie, mais ensuite il y revient comme nécessairement et l’Odyssée est l’histoire de ce retour.

La deuxième grande étape est celle des religions, catholique, judaïque et autres.

La troisième est celle des Lumières, de la Révolution, de la sécularisation des Droits de l’Homme, celle de la Démocratie et de la Liberté, troublée un moment par Nietzsche et sa volonté de puissance.

Enfin, la dernière serait celle du bonheur sous la forme aujourd’hui du mariage d’amour.

Des millions de petites filles sont sacrifiées chaque jour dans le monde sur l’autel de l’obscurantisme et de l’Islam, par l’autorité de leur frère ou de leur père. Chez nous au contraire, c’est le règne de la liberté. Tout le monde est libre de s’aimer et de se marier librement.

Grande pensée, assurément qui conclut exactement au contraire de ce qui se advient. Aujourd’hui il n’y a plus de mariage d’amour. L’amour se prend et puis se jette, à coup de préservatifs et de sécularisation de la société.

Les seuls mariages précisément, qui ne se délitent pas, sont ceux qui sont fondés sur la religion, qu’elle soit catholique, juive ou autre. La sacralité est indispensable à qui souhaite s’inscrire dans le temps.

On connait la théorie de Luc Ferry développée dans son livre « L’homme Dieu ». Ce dernier désormais est maitre de la terre et de lui-même, grâce à la raison, dans le prolongement de la pensée de Kant. C’est la théorie des Lumières.

Cet homme dont il parle est celui précisément qui est en pleine déconfiture, car ayant rompu toute relation au sacré.

La vérité est que l’Europe n’est pas ce royaume du mariage d’amour qu’il évoque avec émerveillement mais bien au contraire un univers en pleine décomposition.

Au centre de celui-ci cependant, une lueur d’espoir : en France, le mouvement contre le mariage pour tous, qui sauve l’honneur et annonce peut être une recomposition spirituelle.

Par ailleurs Luc Ferry lorsqu’il évoque le mariage d’amour et la liberté ne parle que de l’Europe. Il laisse totalement de côté les Etats-Unis d’Amérique qui sont indissolublement liés à notre monde, sans doute parce qu’il sait que ceux-ci sont animés par la foi protestante associée aux Lumières et que chez eux la foi ne conduit pas à l’obscurantisme mais bien au contraire à la connaissance.

Le vrai drame, c’est qu’entre la pensée de Luc Ferry et celle de la gauche en France, il n’y a pas de distance. Or il se prétend de droite.

Nous sommes en pleine confusion. En tout état de cause, tous, de droite comme de gauche, sommes complices du parricide, de la mort du Roi et de la tentative de meurtre de Dieu. Tous nous sommes dans le déni.

Contrairement à ce que prétend Luc Ferry il ne peut pas y avoir de spiritualité laïque. La laïcité n’est pas synonyme de liberté, mais de l’athéisme. Dans de nombreuses communes en France aujourd’hui, on interdit le son des cloches des églises. Il porterait atteinte à la liberté, cette liberté qui, si on y prend garde conduit tout droit au totalitarisme.

En fait la solution serait la résurgence des différentes spiritualités qui habitent la France, dans le cadre de la redéfinition d’une authentique laïcité positive.

Luc Ferry n’est pas un penseur. Il est un professionnel des medias et il va au plus pressé, à ce qui peut se vendre facilement.

En ce sens, son livre devrait sans doute « marcher ».

Que la péniche de la Barge et la communauté juive qui y sévit fassent de ce personnage un de ses plus brillants intervenants est inquiétant.

La pensée juive à ce rythme risque d’être engloutie sous l’assaut de la médiatisation.

Attention, danger !

Edouard VALDMAN

mercredi 26 février 2014

Pourquoi sommes-nous tombés si bas ?

La détestation qui touche aujourd’hui le Président de la République et s’étend au parti socialiste de manière plus générale, peut s’expliquer certes par des raisons économiques et politiques, hausse excessive des impôts, celle du chômage, mauvaise communication, malgré le nombre considérable de conseillers qui s’affairent autour de ce problème.

Le réalité est plus complexe et met en jeu des paramètres plus profonds.

Si les Etats-Unis ont pu, sans trop de dégâts laisser prospérer la théorie du genre dans leurs universités, si le mariage gay a pu être voté avec beaucoup de difficultés sous la présidence d’Obama, c’est parce que par ailleurs, la nation américaine est soutenue par une spiritualité très puissante. L’Amérique est protestante. Elle est puritaine. God Bless America!

Tous les ans, les sénateurs et représentants américains se réunissent au Capitole autour de leur foi commune. Bien que l’Eglise soit séparée de l’Etat, c’est celle-ci qui les unit.

C’est cette religiosité qui a permis aux Etats-Unis d’intégrer les différentes ethnies issues de l’immigration. Celles-ci s’annoncent dans leur identité pleine et entière. On est juif, catholique, musulman, mais on accepte la religion américaine et sa loi. Celle-ci est la référence.

En France, il n’y a rien de tel. La référence c’est un vide, un manque, un déni, la laïcité. On se définit par rapport à une absence. Dieu est mort.

L’égalité tient lieu de divinité et la République de Mère.

Ce qui est en crise aujourd’hui, c’est précisément le système symbolique français. Ses codes ne sont plus suffisants pour faire face aux défis de notre temps. Ils craquent de toute part, au moment même où ils sont confrontés dans le cadre de la Constitution de l’Europe aux signes symboliques du monde anglo-saxon et de l’Allemagne en particulier..

On l’avait déjà constaté à l’occasion du dernier conflit mondial. Ils s’étaient effondrés devant les extrémismes. La République Française s’est effacée devant Vichy.

Le système français ne pourra aujourd’hui perdurer que dans le cadre d’une vaste union européenne, et même davantage d’un bloc occidental très puissant.

Il ne se suffit plus à lui-même.

Le citoyen a besoin de repères, de codes, de symboles.

François Hollande a poussé à son terme cette absence de signe symbolique. Sa maladresse est remarquable.

On eut pu à la limite considérer comme courageux d’imposer aux français une première dame sans l’avoir épousée et ce non conformisme préférable à l’hypocrisie de son maitre François Mitterrand maintenant à tout prix une relation de pure forme avec son épouse, une relation bourgeoise.

Encore fallait-il que François Hollande tint la distance et qu’il ne la rejette pas, au bout de très peu de temps, comme une domestique.

Bien plus, la famille devenue un des derniers remparts de l’identité française, il rejette celle-ci au profit d’un « mariage pour tous » qui mène tout droit à l’indifférenciation.

Désormais on ne sait plus qui est homosexuel, ou hétérosexuel, qui est catholique, musulman, qui est blanc, qui est noir. Tout est confondu y compris dans son propre gouvernement.

Cette apparente diversification n’est pas de la tolérance. Elle s’apparente plutôt au laxisme et mène directement à la confusion. Elle est proprement démagogique.

L’anti sémitisme gagne du terrain en raison de cette confusion. Quand on ne sait plus nommer les choses, il faut trouver des boucs émissaires.

Les juifs dits laïcs, qui sont nombreux dans ce gouvernement et qui d’ailleurs ne se disent plus juifs, sont en partie responsables de cet état de chose.

Au milieu de cette perte de repères et de symboles, le Front National représente une oasis, un lieu de sécurité. Il évoque l’autorité, la patrie, s’érige contre la globalisation et l’Europe. On l’écoute.

Depuis la mort de leur Roi, les français se sont toujours accrochés à des hommes providentiels. Napoléon, de Gaulle, le général Boulanger... Il s’agit en fait d’une quête éperdue du Père.

Aujourd’hui le roi est nu. Le mariage, c’est n’importe quoi. La parenté on ne sait plus ce que c’est. La première dame rendait visite récemment à l’étranger à une lesbienne. Très beau symbole !…

Entretemps, il n’y a plus de première dame. Il n’y a plus rien.

La nature dit-on, a horreur du vide. Les Ides de mars risquent d’avoir raison de Césarion.

Edouard VALDMAN

vendredi 17 janvier 2014

A l'occasion du décès de Sacha Sosno déc. 2013


J’ai fait la connaissance de Sacha Sosno dans les années 60. Je l’ai croisé à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. 

Je l’ai retrouvé dans les années 70, rue des Thermopyles à Paris, où il venait d’installer son atelier de sculpteur.


Il avait d’abord été tenté par l’aventure au sens malrausien du terme. Il est allé au Biafra au moment le plus critique de la guerre.


Il avait changé de cap, c’est le cas de le dire, car sa vocation artistique s’était affirmée au cours d’un long voyage en bateau. Avec Macha, sa compagne, dès alors il avait traversé l’Atlantique.


Il était allé se quérir. C’est là qu’il s’est trouvé.


Ma vraie rencontre avec Sacha s’est produite en 1989 à Nice sur le Cours Saleya. Né moi-même dans cette ville, monté à Paris, j’étais resté sans y venir de nombreuses années après la mort de mes parents.


J’eus soudain envie de redescendre. J’ai croisé Sacha sur le Cours Saleya. Nous avons renoué connaissance. Je lui ai parlé de mon parcours, de mes livres (j’en avais publié quelques-uns) et il m’a lancé « tu devrais écrire un livre sur l’Ecole de Nice ! ».


C’est ainsi qu’est né  notre  livre,  Le Roman de l’Ecole de Nice.


Sacha, d’origine lituanienne, comme Emmanuel Levinas, s’était installé à Nice avec ses parents dans les années 40. Ultérieurement il avait rencontré les principaux artistes de ce qui sera l’Ecole de Nice, Arman, Raysse, Klein. Il avait développé l’idée d’un groupe, d’une Ecole. C’est lui qui l’a nommée le premier.


Grâce à Sacha, je me suis mis en relation avec les différents artistes de ce groupe et j’ai élaboré un livre avec eux, sous forme d’entretiens.


Les contacts avec Ben, César, Chubac et autres Gilli, Verdet et Venet ont été chaleureux.
En fait, j’avais envie de savoir ce qu’il en était de leur démarche, dans la suite de celle de Marcel Duchamp, et je crois l’avoir assez bien discernée. Ils en étaient effectivement les enfants.


Je me souviens de l’entretien que j’ai fait avec Arman. Cela se passait dans un restaurant de Saint Paul de Vence, en février ou en mars de 1989. J’avais averti Sacha de cette rencontre et nous nous sommes retrouvés à 30 ou 40 personnes autour de la table. Arman partait le lendemain pour une installation en Corée.


Il venait d’être opéré et je m’étonnai. Son collaborateur Boisgontier me dit «  s’il n’était pas celui-là qui part en Corée après cette intervention, il ne serait pas là où il est. »


Mon livre a été publié en 1990 aux éditions de La Différence. A cette occasion, Jean Ferrero a organisé dans sa galerie de la rue du Congrès à Nice  un magnifique vernissage. Sacha Sosno était l’âme de cette manifestation. Tous étaient présents, Arman, César, Chubac, Gilli, Ben, Venet, Verdet, Alocco.


Ce fut une très belle soirée d’été, le 8 aout 1991. Chacun des artistes qui avaient participé à mon livre étaient à mes côtés.


Cette idée de l’Ecole de Nice, c’est Sacha qui l’avait inventée. Il nourrissait une passion pour ce qui était devenu sa ville. D’ailleurs je me souviens que lorsque nous nous sommes rencontrés sur le Cour Saleya, il m’a salué en me disant « Bienvenu dans « ta ville ».


On lui a reproché à plusieurs reprises d’être trop proche du pouvoir.


Sacha était aussi un homme d’action et c’est en grande partie grâce à lui que le Musée d’Art Moderne de Nice est né.


Sacha a été à l’origine de nombreuses initiatives à Nice, et si cette ville est devenue à partir des années 60, une authentique ville d’art parsemée d’œuvres comme autant de fleurs, c’est grâce à Sacha.


Je l’ai connu d’abord dans son atelier du vieux Nice puis dans son appartement tout près de ce même atelier, et enfin à Saint Roman sur la Colline du Bellet.


Ensuite cela a été l’aventure de son immense sculpture dans un grand hôtel de la Promenade des Anglais, l’Elysée Palace.


Il s’agissait de la création d’un personnage inscrit, entre deux immenses parois. Tel était l’un des thèmes fondamentaux de Sosno, l’écart et l’interstitiel.


Mais c’est « la Tête au Carré » qui fut le coup de génie de Sacha et qui restera à Nice comme le signe indélébile de sa présence. Idée profondément originale, dans un ensemble architectural très contestable. Elle est à la fois novatrice et esthétiquement réussie.


Une bibliothèque et des bureaux sont installés à l’intérieur d’une tête monumentale. La sculpture n’est plus une chose en elle-même. Elle peut être utile et contenir la vie.


Il s’agit d’une révolution esthétique très importante. Nous pourrions en quelque sorte habiter la beauté. Celle-ci n’est plus quelque chose d’extérieur à nous même, un plus. Nous vivons avec elle et en elle.


J’ai rencontré ensuite Sacha à New York dans les années 2000. Il logeait et travaillait à ce moment dans l’atelier prêté par Arman, de l’autre côté de Washington Street ou Bernar Venet y avait également son atelier. Sacha avait fait une très belle exposition chez Marisa del Rey, mais Nice l’avait depuis longtemps retenu dans ses charmes.


Il avait projeté la création d’un bel atelier sur la colline de Bellet. Ce fut sans doute sa réalisation la plus aboutie dans la lumière et dans les fleurs de sa ville.


L’œuvre de Sosno est hantée par le vide. Au centre de la plupart de ses sculptures figure un trou, une béance, et ce n’est pas par hasard qu’il a fait un livre avec Emmanuel Levinas sur ce thème.


D’origine lituanienne, tous deux placent le manque au cœur de leur œuvre, non pas le signe négatif d’un espace creux, mais celui d’un vide créateur, porteur de la question de l’absolu et de la transcendance.


C’est cela qui est l’essence même de l’œuvre de Sosno : un vide que le soleil et la lumière du midi font davantage ressortir. Il l’a nommé l’Oblitération.


Sacha avait l’accent niçois. Il était peut-être davantage niçois que ceux qui y étaient nés.


Il était beau et très séduisant, mais un des éléments les plus importants de sa gloire, c’est sa compagne Macha, charmante, adorable. On ne peut penser à Sacha sans que l’image de Macha ne vienne s’interposer. Et d’abord son sourire. Ils sont indissociables dans notre mémoire.


Sacha était très courageux. Il a affronté la maladie, comme il avait affronté la guerre, puis la mer, puis l’art.


C’était un combattant. Déjà malade il est allé en Chine et y a installé des sculptures monumentales.


J’ai vu Sacha pour la dernière fois à l’occasion du Festival du Livre de Nice au printemps dernier. Il a très gentiment acquis le livre que j’exposais et dédicaçais à cette occasion. C’est le dernier souvenir que j’ai de mon ami.


N’est-ce pas aussi celui de ce qui fut l’origine de notre lien, un livre.


Edouard Valdman

23 décembre 2013

A l'occasion de la mise en scène de la pièce de Jon Fosse avec Ludmila Mikaël au théâtre de L'Oeuvre à Paris sept-oct 2013 "Et nous ne serons jamais séparés"


Le vas-et-viens entre son désir de solitude, celui de l’autre, son désespoir, son goût de l’absolu, ses allers et retours incessants entre ces diverses dimensions de son être, son immense souffrance…

Une femme sur un divan crie sa difficulté d’être…

Dans la Bible, les hommes ont rarement des enfants avec leurs épouses. Sarah offre sa servante à Abraham. Ce sera l’origine d’un vaste malentendu historique.

Avant de rencontrer la sienne, Jacob subit les multiples dictats de Laban, son beau-père.

Les choses se passent rarement comme les hommes le désirent. Elles adviennent la plupart du temps ailleurs et autrement. L’homme n’est pas le maître. Quelqu’un manipule le jeu. L’inconscient ?  Dieu ?

C’est ce que semble dire l’auteur, Jon Fosse.

Il fallait pour dire ce texte, au bord de la psychanalyse, une comédienne plus que remarquable par son talent, elle-même hantée par les mêmes démons, au bord du délire.

Pari gagné.

Ludmila Mikaël y ajoute beaucoup d’humour. Sa personnalité donne à ces problèmes très complexes une crédibilité en même temps que chair et vie. Elle tend à prouver qu’à travers l’art tout est possible. Il suffit d’avoir assez de hauteur pour s’élever au-dessus du désespoir par l’humour qui en est la forme la plus achevée.

Etrangement, ce rire ne mène pas nulle part. Comme le dit si bien l’héroïne de la pièce « je suis très intelligente ».

Si elle ne sait plus où elle, si elle est égarée, c’est qu’elle attend dans la douleur et qu’en fin de compte cette attente postule la rencontre. Celle-ci n’est tellement angoissée que parce que l’héroïne sait qu’elle sera très importante.

Sera-ce la rencontre avec Dieu, avec l’amour, avec soi ce qui serait peut-être une seule et même chose ?

Cette pièce si désespérée au premier abord, si folle est en fait un acte de foi.

Cette femme est crucifiée par son désir même, par sa passion. Elle est au centre de son désir comme au centre de la croix, comme le Christ l’était lui-même.

Toute cette souffrance, toute cette tension et cet égarement postulent une réunification, une réconciliation de l’être autour d’une rencontre.

Sans doute avec l’autre en soi.

Edouard Valdman

18 septembre 2013


mercredi 5 juin 2013

Le retour du tragique


La pérennité de la civilisation occidentale ne peut être assurée que si celle-ci est en mesure de retrouver et de consolider les valeurs spirituelles qui la fondent.
Quelles sont-elles ? Rome, Athènes, Jérusalem, c’est-à-dire le Droit, la Création et la Sainteté.
Les pays du Sud, l’Espagne, l’Italie, la Grèce sont catholiques. La France bien qu’elle se dise laïque depuis 1789 demeure la fille ainée de l’église. On en a eu la preuve à travers les dernières manifestations qui se sont déroulées à Paris contre le mariage pour tous.
Ces différentes nations sont les héritières de la culture grecque. C’est à travers elles que se sont perpétués la science, l’art et la philosophie.
Le marché anglo-saxon de son côté est l’héritier de la réforme protestante. C’est elle qui scelle son pragmatisme.
Les juifs enfin, à travers la Repentance selon les Papes Jean XXIII et Jean-Paul II, ont repris leur véritable dimension. Ils apparaissent pour ce qu’ils sont, le socle de notre civilisation, celui de la Loi.
Si nous savons aujourd’hui reprendre en compte notre héritage, nous serons très puissants face aux défis des nations émergentes.
La Révolution Française et les principes qui en découlent, la laïcité et sécularisation générale de la société ne sont qu’un épisode sur la route du Retour du Spirituel, dont la résurrection d’Israël a constitué le signal.
Plus que jamais, nous avons besoin de refonder une relation au sacré. Elle seule peut nous revivifier.
Face au marché américain tout puissant certes, mais qui montre ses limites à travers son anarchie même, seule se dresse la dimension tragique de notre culture.  Elle est celle de la gratuité, du don, de la Présence et du désir au-delà du pur profit, de l’efficacité et de la rentabilité.
Cette dimension est celle de l’héritage grec. Elle seule peut constituer un équilibre avec le marché anglo-saxon. C’est l’Europe qui la porte. Elle lui est consubstantielle. Sans elle l’Occident ne pourra s’affirmer face aux nations émergentes.
En Europe, il existe actuellement des divergences entre l’Allemagne protestante, pragmatique, qui déploie la plus grande puissance économique et les pays du Sud qui ont une relation à la culture, plus proche de la qualité de la vie, de la création et de la beauté. 
« La beauté sauvera le monde » : Dostoïevski. Elle n’a pas pour vocation de rapporter, mais d’être.
Or cette dimension en aucun cas ne saurait s’allier à la seule dimension sociale, à la pure rationalité, en un mot au matérialisme. Seul le sens du sacré peut l’accompagner.
C’est pourquoi les évènements sociétaux qui viennent d’advenir en France sont de la plus haute importance. Ce sont des mouvements de Civilisation comme le furent, quoiqu’on puisse en penser par ailleurs, ceux de 1968. Ils portent en eux une très puissante exigence de spiritualité.
Le mariage pour tous, la théorie du genre constituent d’authentiques dangers, et le paradoxe est que ceux qui les défendent n’y ont pas recours pour eux-mêmes. Il s’agit davantage d’une manœuvre de diversion politicienne. Ces dangers consistent en celui de l’indifférenciation. Il n’y a plus de séparation d’avec soi-même, d’avec l’autre et d’avec Dieu. Nous sommes ici dans la fusion, dans la transparence, dans l’égalité, c’est-à-dire dans la mort.
L’égalité et la transparence, au sens révolutionnaire du terme, portent en elles la terreur.
Ce qu’il faut refonder au contraire, ce sont les notions de Différence et de Secret, au nom même de l’Homme et de la Création.
Au centre de celle-ci il est un noyau dur, insécable. C’est la dimension de l’innommable, de l’imprononçable, de l’irreprésentable. Les juifs la tiennent pour le fondement même de la civilisation.  C’est l’Espace de Dieu.
Le monde moderne est son pire ennemi. Son matérialisme veut à tout prix avoir raison de lui. Il souhaite la transparence, l’égalité, tout ce qui peut réduire l’Homme et le livrer aux bourreaux.  
Les mouvements contre le mariage pour tous vont bien au-delà de cette première revendication. Ils tendent à refonder une nouvelle relation au sacré.
On eut pu craindre que ce retour du Tragique porte en lui des dangers en particulier du nationalisme extrême tel que ce fut le cas dans les années trente.
Deux éléments militent pour éloigner cette crainte, d’une part l’existence de l’Etat d’Israël et d’autre part la nouvelle alliance entre juifs et catholiques.
La configuration du mouvement elle-même n’est pas à proprement parler nationaliste. Il s’agit d’une lame de fond venu de l’inconscient de la nation, de sa profonde spiritualité enfouie, en faveur du retour de notre société vers les origines de sa foi.
L’Eglise catholique, après 2000 ans et beaucoup de tourmentes, demeure un des fondements de notre civilisation. Désormais alliée au judaïsme, elle constitue un pôle très puissant.
La rationalité, les Lumières, les principes qui en découlent ne doivent pas être bannis mais remis à leur juste place, une place parmi d’autres dans une société plurielle.
Les politiques devraient tenter de prendre en compte cette immense espérance et essayer de l’intégrer.
Déjà elle les déborde.
Edouard Valdman, écrivain. Dernier livre paru « Demain, l’Occident ! » éditions l’Harmattan

mardi 30 avril 2013

A propos de la laïcité positive préconisée par Nicolas Sarkozy


On ne peut comprendre la prise de position du Président de la République en faveur du religieux et de la laïcité positive si on ne replace pas sa démarche dans un contexte plus vaste.

Un des grands événements du 20eme siècle a été sans doute, la Résurrection d’Israël. Celle-ci se situe dans un environnement politique bien précis. Cependant elle le déborde largement.

Après la chute de l’empire  Ottoman, à la fin de la première guerre mondiale, Anglais et Français se partagent ses dépouilles. La Grande Bretagne s’attribue entre autres bénéfices, mandat sur la Palestine. Ultérieurement la déclaration Balfour prévoit la création d’un Etat juif, sous la pression du mouvement sioniste, sur une terre demeurée musulmane depuis le 11eme siècle.

La deuxième guerre mondiale rendra ce Retour plus urgent et nécessaire encore. 1948 sera l’année de la création de l’Etat d’Israël  en accord avec les Nations-Unies.

Cette explication purement politique cependant est insuffisante pour épuiser la signification authentique de ce Retour. C’est parce que celle-ci s’avère impuissante à l’appréhender, que les Nations ne peuvent trouver de remède au problème du Moyen Orient.

Israël resitue la question de Dieu au cœur même de la civilisation. Elle ressource l’Eglise au tronc judaïque et replace l’Islam devant le problème de la modernité.

Les structures de l’Etat Nation en France, tant louées par les tenants de la laïcité se sont avérées impuissantes à résoudre le problème des minorités et à les intégrer. Elles n’ont pu empêcher ni l’Affaire Dreyfus ni Vichy.

Le déficit symbolique et la dictature bonapartiste, induit par la Révolution, la mort du Roi, symbole de Dieu, du Père et de tout principe d’autorité, ont débouché sur la Terreur et la dictature bonapartiste. La toute puissance de la Raison a conduit aux dictatures marxistes. C’est à Paris que se sont formés Pol Pot et autres Lénine.

Lorsque l’on porte atteinte au nom de principes abstraits, à la question de Dieu, qui est au cœur de l’homme et de la création, le totalitarisme a la tentation  d’occuper cet espace vide.

C’est ce qui est advenu.

Comme le dit si bien Hanna Arendt, « la notion d’Homme », au sens révolutionnaire du terme, est une pure abstraction. On sait ce qu’est un bourgeois ou un prolétaire. Un Homme, on ne l’a jamais vu.

C’est la raison pour laquelle ces « droits de l’Homme » ont été balayés si aisément par Vichy.

Aujourd’hui, dans le cadre de la construction de l’Europe et dans sa relation de celle-ci aux Etats-Unis d’Amérique, la France apparaît vulnérable en raison de son déficit symbolique.

Cependant l’ambition de Nicolas Sarkozy n’est pas de supprimer le principe de laïcité, mais de l’aménager. Il s’agit que ce principe qualifié désormais de « laïcité positive » puisse intégrer les différentes minorités qui se pressent aux portes de l’Europe et à celles de la France, qu’il soit suffisamment puissant pour prendre en compte l’homme musulman ou l’homme africain dans son identité pleine.

Si le Président de la République renvoie à une référence, c’est à la Loi au sens sinaïtique du terme, et à la toute puissance du monde anglo-saxon fondée sur la présence de Dieu.

La Pensée Unique a fait son temps, celle des droits de l’homme de 1791, et d’un principe étroit de la laïcité qui ont suffisamment montré leur impuissance face aux extrémismes.

Nicolas Sarkozy cicatrise la plaie, celle du parricide, non pas pour amener la France à un retour au catholicisme mais à une reprise en compte beaucoup plus vaste de la question du Père. Ce processus est d’ordre psychanalytique.

Cette reprise en compte porte en elle-même la création de l’Europe future. Celle-ci devra se dire catholique, protestante, juive, laïque. Elle devra intégrer toutes les composantes de sa culture.

Je réponds d'avance aux interrogations à propos d'une Europe plurielle qui serait en même temps musulmane.

La culture dans laquelle nous avons été instruits nous a appris que Charles Martel avait vaincu les Arabes à Poitiers.

Quant à la bataille de Lépante, qui a arrêté la menace d'invasion turque vers l'Europe, elle est une des grandes dates de notre histoire.

L'Islam se situe hors de celle-ci et à part peut-être Cordoue, ne lui a rien apporté.

La Grèce, notre mère,  a mené  contre les Turcs un combat terrible pour sa libération.

En tout état de cause la démarche du Président Nicolas Sarkozy n’est pas politique au sens étroit du terme. Elle se situe dans l’ordre du prophétique.

Elle replace la France à l’intérieur d’une histoire et d'un ordre universels.

« Le 21eme siècle sera spirituel ou ne sera pas. »


Edouard Valdman, écrivain, dernier livre paru : « Idéalisme français - Pragmatisme américain : une nécessaire union" L’Harmattan 2010

DEBRAY


Lorsque j'avais vingt ans, un jeune homme de ma génération me faisait rêver. Il s’appelait Régis Debray

En effet il s’était rendu en Bolivie après avoir publié un livre qui avait connu un très grand succès, "Révolution dans la Révolution", à propos de Fidel Castro.

Sa photo s'étalait dans tous les journaux du monde, car il venait d'être arrêté par la junte au pouvoir au moment même où il marchait sur les traces de Che Guevara. Celui-ci était abattu quelque temps après.

Le jeune homme avait un visage christique. Il était beau. Il incarnait le désir de révolution de toute une jeunesse, son exigence de justice.

L'Amérique du Sud à ce moment était la chasse gardée des Américains qui y entretenaient des bandes mercenaires assassines.

Ce garçon par ailleurs était un fils de famille. Sa mère était une amie du Général de Gaulle et appartenait au Conseil de Paris. Son père était avocat. Lui-même était normalien.

Il incarnait en conséquence le rêve de tout jeune intellectuel : joindre l'action au rêve. Il était après Byron et Malraux le dernier des grands romantiques.

Ma mère, qui était une femme simple et réaliste, et qui avait beaucoup de bon sens, me disait "Tu verras. Il n'a rien à craindre. Il sera bientôt ministre de la Culture".

Je la trouvais un peu prosaïque.

Le jeune homme se conduisit très bien, devant le Tribunal chargé de le juger. Il fut condamné à une lourde peine d’emprisonnement. Peu de temps après, il était cependant libéré. On n'a plus jamais entendu parler de ceux qui avaient été pris avec lui.

Quelque temps après encore, il se retrouvait dans le staff de François Mitterrand.

Ma mère avait raison.

Je me souviens qu'en 1981, le jour de l'élection de ce dernier, il est entré rue de Solférino, au siège du parti socialiste, par la grande porte, pas celle des militants qui, eux, n'avaient droit qu'à la porte basse du bâtiment.

Je me souviens aussi qu'il a été très étonné que le planton ne le reconnaisse pas. Il a été contraint de répéter deux fois son nom.

Le peuple passe par la porte du bas, les organisateurs par celle du haut. Cela m’a toujours très profondément choqué. Le clivage se fait dès l’origine et en tout lieu. Les uns militent et votent, les autres dirigent et touchent les prébendes.

En fait, la révolution et François Mitterrand n'allaient pas très bien ensemble et Régis Debray a été très vite marginalisé par plus malin que lui.

Entre temps il a trouvé le moyen de faire une déclaration contre Bernard Pivot depuis l'étranger. Ce dernier l’a évoquée au cours de son émission « Apostrophes ». Il aurait, aux dires de Debray, établi une dictature de la pensée à travers sa célèbre émission.

C'était vrai et assez courageux.

Il a été obligé de faire des excuses.

Il a été ensuite nommé Conseiller d'Etat, un cadeau que Mitterrand réservait à ses amis.

Une chose à retenir en sa faveur. Il n'a jamais évolué. Il est toujours resté fidèle au socialisme jusqu'à soutenir le président serbe, Miloscevic, contre les Américains.

Il avait d'ailleurs prononcé une phrase très significative et intéressante à propos de Malraux " Malraux est l'opium de la bourgeoisie".

De qui lui-même était-il l'opium?

La vérité est qu’il était animé par une immense soif de pouvoir et ses diatribes contre Jean Edern Hallier, Bernard Henri Lévy ou Philippe Sollers avaient fait date. C’était lui sans aucun doute le grand écrivain de sa génération.

Le problème est que tous ses idéaux avaient été balayés par l’Histoire. Le Socialisme s’était effondré. Il le savait si bien qu’il avait renoncé aux pré-bandes, au Conseil d’Etat, par exemple. Cela risquait de le desservir.

En fait il s’était trompé.

A l’occasion de dernier pouvoir socialiste cependant, il en remettait un peu.

Il était assez discret et prudent. On ne sait jamais.

Cependant le système avait beau lui faire de somptueux cadeaux. Il n’avait pas l’air satisfait.

Depuis longtemps, il rôdait autour d'un continent inconnu de son parti, de ses amis et de sa famille spirituelle : le continent juif. Son père était juif.

Comme beaucoup des siens, il avait rejeté la part spirituelle du judaïsme. Marx l'avait fait avant lui. Il ne pouvait parcourir l’espace qui sépare l’Histoire de la Prophétie.

Cela lui avait été dérobé ainsi qu'à ses semblables au moment de la Révolution française.

Cette dimension le tourmentait qu’il n’arrivait pas à assumer et qui aurait donné à sa vie une tout autre orientation. Pour cela, il eut fallu qu’il abandonne la pensée unique, le confort intellectuel de celle-ci et surtout un compagnonnage qui lui était très utile et à l’intérieur duquel il faisait carrière

Tel était son vrai drame, comme celui d’autres de ses contemporains, tel Max Gallo, Vernant, Stéphane Essel ou Edgar Morin. Ils avaient refoulé leur identité au profit du matérialisme historique.

Il entrouvrait de temps en temps une petite porte qui s'ouvrait vers le sacré.

La dimension Sainte selon Levinas, il ne l'avait jamais conçue et la plupart de ses amis juifs laïcs non plus.

Mais il y avait quelque chose auquel il n'avait jamais renoncé c'est le pouvoir. Il l’avait pris une première fois par l'image à Camiri, en Bolivie, puis avec François Mitterrand.

Sa dernière relation au pouvoir est sans doute la plus intéressante de tout son itinéraire.

L'académie Goncourt. La boucle est bouclée.

L'opium du peuple et de la pensée, c'est sans doute le restaurant Drouan où Régis Debray vient de rejoindre Bernard Pivot.

Gageons que Régis Debray et Bernard Pivot auront l'occasion de s'y entretenir des bienfaits en matière d'évolution de la pensée et de la permanence de la relation au pouvoir.

De la révolution à l’Académie Goncourt il n’y a qu’un pas, pour les enfants de la bourgeoisie.

Edouard Valdman