En
2017, la gauche s’est effondrée à la suite d’un long processus de
désintégration enclenché par François Mitterrand. Ce sont les errements et les
ambiguïtés de ce dernier qui sont à l’origine de ce déclin. N’oublions pas qu’il
s’est fait élire dans le cadre d’une constitution qu’il n’a eu de cesse de
vilipender pendant 25 années.
La
droite a fait de même à travers une guerre des chefs qui a bien montré son
incapacité à assumer le pouvoir.
C’est
en raison de cette impuissance et de cette mauvaise foi qu’Emmanuel Macron a
été élu en s’appuyant sur une nouvelle majorité toute neuve et
relativement innocente.
Son
existence même représente la mauvaise conscience à la fois de la gauche et de
la droite. Quant à son programme, ce sont les réformes que Juppé, Sarkozy,
Villepin et autres n’ont jamais pu réaliser, en un mot une libéralisation de la
société française afin de la rendre plus compétitive.
Il
y eut un authentique sursaut, un vrai mouvement comprenant des citoyens de
droite, des citoyens de gauche, prêts à agir au-delà des clivages
traditionnels.
La
seule réelle difficulté se produisit avec l’anathème portée contre François Fillon,
au cours de l’élection. Que ce dernier ait agi maladroitement en embauchant
femme et enfants comme attachés parlementaires, cela ne fait pas de doute.
Cependant, la chasse à l’homme dont il a fait l’objet a dénoté un élément
toujours présent, la toute-puissance de l’Etat face à la justice.
Le
comportement du Parquet financier à l’encontre de François Fillon a montré
qu’il n’y a pas en France d’indépendance de la justice. Celle-ci est totalement
entre les mains du pouvoir politique.
Tant
que la France n’aura pas coupé le cordon ombilical entre le Parquet et le
pouvoir politique, il n’y aura pas de réelle liberté.
Il
appartenait à François Fillon de dénoncer la traque dont il a fait l’objet et
de bien montrer aux français, que s’il était élu, il romprait définitivement
cet amarre.
Il
a été incapable d’agir ainsi. Il n’avait pas l’intention d’opérer cette
révolution. Si bien que son élection, en fin de compte, n’aurait rien apporté
de décisif.
Aujourd’hui
Emmanuel Macron se trouve devant le même problème. S’il le résout, si enfin le
cordon ombilical entre la politique et la justice est rompu, il aura fait de la
France un pays libre, et réussi sa Présidence.
Nous
vivons, en effet depuis la Monarchie jusqu’à la Révolution, dans un régime
autoritaire dont le lien entre la justice et la politique est le symbole, et
dont l’affaire Fillon a été l’exemple le plus probant.
De
nombreux gouvernements antérieurs de droite, ses sont prétendus libéraux et ont
préconisé des réformes multiples. Aucun n’a réalisé ce que les anglais ont
accompli au XVIIème siècle, rompre le lien entre la politique et la justice.
Une
politique libérale n’est pas seulement celle qui laisse couler l’argent, mais
celle plus essentielle, qui sépare justice et politique.
En
dehors de cette réforme, il n’y a pas de liberté.
Emmanuel
Macron en a entrepris de nombreuses. Elles sont les bienvenues. Cette dernière
cependant en est la clé de voute. A ce jour elle n’est pas intervenue.
La
France actuelle s’est construite sur un modèle socialisant venu de la Résistance
et de la Libération. Elle possède la législation sociale la plus étendue et
comme nécessairement la charge des impôts la plus importante. La difficulté réside en ce que cette dernière
et ce modèle sont difficiles à tenir, dans un monde de plus en plus
concurrentiel, libéral et sauvage.
On
ne peut plus vivre de la même manière dans un univers où la Chine et autres
nations émergentes prennent davantage de poids.
Les
français apparemment ne souhaitent pas ces réformes. Et pourtant, si l’on veut que
les riches investissent et que l’économie devienne plus flexible, il faut bien
sûr leur faciliter la tâche, d’où la suppression de l’ISF. On ne peut jouer sur
tous les tableaux.
La
France sent bien qu’elle doit changer de modèle social. Elle n’a plus les
moyens de conserver l’ancien. Au moment de franchir le pont, elle se cabre.
Cependant
Emmanuel Macron a été choisi par les français pour effectuer ces réformes. Il
est légitime et compétent.
Quels
que soient le bien fondé des revendications des gilets jaunes, ils ne
présentent aucun caractère de légitimité. Leur mouvement est difficilement contrôlable.
Il a certes la sympathie des français mais cela n’est sans doute pas suffisant
pour assoir sa crédibilité.
Emmanuel
Macron doit composer certes mais il ne doit pas céder sur l’essentiel de son
programme. Ce serait se lancer dans une aventure dont on ne sait quel résultat
elle pourrait nous réserver. Il est intolérable que des mouvements informels
s’attaquent à la propriété des français et profanent les monuments les plus sacrés.
Le
gouvernement ne peut pactiser avec un mouvement dont la seule œuvre à ce jour
réside dans des imprécations et des destructions.
Il
est probable qu’Emmanuel Macron agira en ce sens. La loi est de son côté. Il a
du courage et de la volonté. Sans doute a-t-il sous-estimé la
« grogne » dont les français sont par ailleurs coutumiers. En tout
cas, il est nécessaire qu’il garde le cap.
Si
le Président venait à douter de son bon droit, cela en serait fini d’une
authentique espérance.
Il
est deux éléments positifs dans ce que l’on peut appeler désormais sans crainte
une révolution.
Tout
d’abord les revendications évoquent une authentique souffrance dans la société.
C’est elle qui s’est déjà exprimée à l’occasion des dernières élections et le
rejet des partis traditionnels. C’est cette souffrance qui a fait élire
Emmanuel Macron afin qu’une autre politique soit élaborée.
Le
délai est court cependant pour qu’une vraie politique ait pu se nommer et
porter des fruits.
Sans
doute, Emmanuel Macron n’a-t-il pas pris l’exacte mesure de celle-ci et commis
quelques maladresses. Pourtant son désir de changement parait authentique.
Il
conviendrait aujourd’hui que le mouvement des gilets jaunes s’organise afin de
former un vrai parti, à moins qu’il ne souhaite servir de point de repère à des
groupes d’influence. En tout état de cause ces gilets jaunes pourraient constituer
un mouvement apte à combler le vide dégagé lors des dernières élections.
L’autre
côté positif est que ces manifestations ont permis de mettre au jour les
casseurs et autres éléments dangereux de la société, ces organisations
paramilitaires venues de la banlieue et qui souhaitent en découdre. Pour
ceux-ci il n’est que la violence. C’est le pue qui suinte de la plaie.
Il
serait par contre dangereux pour le gouvernement de permettre aux gilets jaunes
de continuer à manifester les prochains samedis. Cela pourrait dégénérer et
entrainer des drames de part et d’autre.
Il
ne peut se permettre d’abandonner les commerçants français à la violence des
casseurs, mais surtout dans le cas où il ne mettrait pas un terme à ces
débordements, c’est dans la rue désormais qui se situerait le pouvoir. Le Président
serait à ce moment décrédibilisé. On ne sait pas où cela pourrait nous mener.
S’il
ne savait marquer cette limite, la France serait jetée dans une aventure dont
on ne saurait prévoir la fin.
Si
Emmanuel Macron était condamné à se retirer, le risque serait celui de
l’anarchie.
Je
ne pense pas quant à moi que son rôle soit terminé. La nation a placé sa
confiance en lui ; il faut lui laisser du temps.
Il
n’y a pas de solution de rechange. Personne ne peut aujourd’hui prétendre prendre
sa place.
Cependant,
la question essentielle réside en ceci : la France est l’héritière de la Royauté et de l’Eglise. Elle est sa fille ainée. La Révolution n’a pas changé la
donne. Nous sommes passés du droit divin à la laïcité. Nous sommes toujours dans le sacré.
La
France doit décider si elle veut devenir davantage
protestante donc plus pragmatique, et européenne ou au contraire, au risque de
perdre beaucoup d’avantages économiques,
demeurer un pays en mal d’absolu, grand certes, mais comme peut l’être Don Quichotte
dans un univers hostile qui aura choisi le progrès.
L’Histoire
réserve beaucoup de surprises. Ce qu’on appelle le populisme est une manière de
protéger l’espace du Tragique, au sens grec du terme, ce même espace que
l’Europe avant la guerre avait perdu au bénéfice du marché.
C’est
cet espace qu’Hitler de manière perverse, avait fait mine de vouloir
sauvegarder face également au marxisme. Le contexte actuel est différent mais
les équilibres demeurent toujours fragiles, et les choix toujours aussi délicats.
Edouard VALDMAN